Ambroise Paré est reçu « docteur en chirurgie »

Eté 1554

© cliché Bibliothèque nationale de France

Né en 1510, d’origine modeste, Ambroise Paré est un bon exemple de ces « hommes sans lettres » de la Renaissance qui se forment hors des écoles et acquièrent sur le terrain une enviable compétence. De sa formation, l’on connaît surtout, parce qu’il a tenu à en faire mention, les trois ou quatre années passées à l’Hôtel-Dieu de Paris, où la diversité des malades qu’il contribue à traiter et la pratique de la dissection lui donnent cette expérience réfléchie dont il ne cessera de dire qu’elle vaut tous les livres. Paré se plaît à y ajouter l’expérience des camps, qui, de fait, en ces années de guerre, fut pour lui très formatrice.

À une époque où les armées ne disposent pas de services de santé, Paré devient, en effet, ce que nous appellerions un chirurgien de guerre, et accumule les découvertes. Après l’affaire du Pas-de-Suse, en 1537, il est forcé, par manque d’huile bouillante, d’appliquer sur les plaies un onguent digestif simple, et découvre, émerveillé, à la fois son innocuité et son efficacité. Il a aussi la hardiesse de pratiquer la première désarticulation du coude. En 1542, à Perpignan, il applique pour la première fois son principe de la position dans la recherche des projectiles. En 1545, à Boulogne, il soigne François de Guise de cette terrible blessure à la face qui lui a valu le surnom de « Balafré ». En 1552, à Damvilliers, il ampute de la jambe un gentilhomme de la suite de Rohan et remplace la routinière cautérisation par la ligature des artères.

Il travaille entre-temps à l’ouvrage qui, publié en 1546, asseoit sa réputation : La méthode de traiter les plaies faites par les arquebuses et autres bâtons à feu.

À la mort de Rohan, il ne tarde pas à devenir chirurgien ordinaire du roi. Chirurgien : il n’a pourtant passé que les examens de barbier, nécessaires pour pouvoir exercer en ville. Il lui faut donc, comme nous dirions, régulariser sa situation. Visiblement, si le collège des chirurgiens le reçoit, c’est que Paré a usé de protections : on supprime les délais, on choisit les juges parmi ses amis, on n’exige pas de lui le paiement des droits. On ne peut quand même pas le dispenser de parler latin, mais, quand on l’admet au baccalauréat, le procès-verbal signale que le candidat est reçu bien que son langage soit « assez barbare et corrompu » ; on l’invite donc à parfaire sa connaissance du latin… et de la chirurgie ; et on le dissuade de se présenter à la licence et à la maîtrise. C’était en août 1554. Pourtant, en octobre, Paré est reçu licencié in favorem Regis, et en décembre, maître. Passe droit pour passe-droit, le Collège en profite pour parler de doctorat !

Curieuse carrière universitaire du « père de la chirurgie française ». Au reste, Paré ne gardera pas rancune à ses juges, et travaillera à régler avantageusement le statut légal du collège des chirurgiens.

 

Jean Céard
professeur émérite à l’université
de Paris X-Nanterre