Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron

Paris, 7 décembre 1731 - 19 janvier 1805

Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron
médaillon de Pierre-Jean David d'Angers, XIXe siècle
(fondeurs Eck et Durand)
musée d'Angers, galerie David d'Angers
© cliché Musées d'Angers

Après des études théologiques en Sorbonne (où il s’initia à l’hébreu), puis au séminaire d’Auxerre, foyer janséniste, Abraham-Hyacinthe Anquetil, quatrième enfant d’une nombreuse famille, fréquenta des milieux vieux-catholiques en Hollande où, passionné par l’Orient, il étudia l’arabe et le persan. Peu attiré par l’apostolat, il revint à Paris poursuivre l’étude des langues et des religions d’Asie à la bibliothèque du roi.

En 1754, examinant les décalques de quatre feuillets du Vendîdâd de la Bodléienne, il résolut de s’attaquer au déchiffrement des textes sacrés de la Perse et de se rendre en Inde. Il s’enrôla comme simple soldat mais, grâce aux démarches d’amis et de protecteurs, son engagement fut annulé. Il reçut un pécule et la Compagnie des Indes lui accorda « passage franc, cabine et table du capitaine ». Le 7 février 1755, le vaisseau Duc d’Aquitaine appareilla pour Pondichéry où il accosta le 10 août.

Cependant, la guerre venait de reprendre entre les Anglais et la Compagnie et il lui fut difficile de nouer des contacts avec la communauté Parsi, ces descendants des Iraniens émigrés en Inde vers le Xe siècle. Anquetil-Duperron parcourut le pays et atteignit Surate, au Gujerat. Là, moyennant 100 roupies, il put recopier le manuscrit du Vendîdâd en zend et en pehlvi. En janvier 1757, son frère Anquetil de Briancourt devint chef du comptoir français de cette localité : Abraham-Hyacinthe reçut alors divers manuscrits, entre autres la traduction du Vendîdâd en persan moderne, qui porte au recto du premier feuillet une note de sa main : « traduction du manuscrit de Zerdust (Zoroastre), législateur des Parsi (anciens Persans, Guèbres) ». Durant trois ans, il travailla sur les livres sacrés de la religion mazdéenne, sous la direction du prêtre Darab, qui lui fit même visiter, déguisé en parsi, le temple où officiait son fils. Pondichéry étant tombée aux mains des Anglais, il dut rentrer en mars 1761, rapportant en Europe 180 manuscrits, qu’il déposa à la bibliothèque du roi.

En 1763, il fut nommé associé de l’Académie des inscriptions et belles-lettres : il n’avait pas encore 32 ans. C’est en 1785 que ce savant modeste mais résolu, d’un caractère difficile, fut admis dans la classe des pensionnaires. Entre-temps, il avait accompli une tâche énorme. En 1771 parurent les trois volumes du Zend-Avesta, qui présentaient l’essentiel de ses découvertes ; ils suscitèrent nombre de polémiques, surtout en Angleterre. Puis ce fut La législation orientale en 1778, ses Recherches historiques et géographiques sur l’Inde en 1786, et l’Inde en rapport avec l’Europe en 1790.Très isolé, irascible et ombrageux, il traversa la Révolution en continuant à travailler sur les livres sacrés de l’Inde d’après leurs versions persanes. En 1804, il publia les deux volumes Oupnek’hat ox Oupanichad (théologie des Védas), traduction latine de textes didactiques, védiques et postvédiques, exécutée d’après une version persane de 1656.

Presque aveugle, secouru par ses frères, Anquetil-Duperron manifesta encore la vigueur de ses principes en refusant de prêter serment de fidélité et en menaçant de démissionner de l’Institut de France lors de sa réorganisation en 1804 par Napoléon. Par le discours prononcé à ses obsèques, Sylvestre de Sacy lui ouvrit les chemins de la gloire. Des documents qu’il a rapportés et de ses études sont sortis les travaux de Burnouf et de Darmesteter ; c’est grâce à ce pionnier de l’indianisme qu’ont pu être présentées les premières tentatives de reconstitution de la religion de Zoroastre.

 

Jean Leclant
secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
président du Haut comité des célébrations nationales