Première mise en service d'autobus à moteur

Paris, juin 1906

Autobus Brillié-Schneider P2 de la ligne Montmartre-Saint-Germain-des-Prés
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Les transports collectifs parisiens au début du siècle


Les transports en commun de surface ont été, dès leur création avec les omnibus hippomobiles en 1828, l’objet de multiples conflits à la fois technico-financiers, administratifs et politiques.

La Compagnie générale des omnibus (CGO), société privée, a obtenu pour cinquante années, à travers une convention signée avec la ville en 1855 – renouvelée en 1860 – la concession sous forme de monopole des transports collectifs dans Paris intra muros. Cette formule de la concession présentait pour de nombreux élus locaux l’avantage de combiner les contraintes juridiques et politiques liées au service public et la prise en charge des risques techniques et financiers de l’exploitation par des capitaux privés. Cependant, de multiples controverses ont rapidement surgi entre la ville de Paris et la compagnie privée, portant notamment sur la modernisation souhaitable des matériels roulants, clause qui apparaissait de manière explicite dans le cahier des charges de la convention.

En effet, à l’abri de leur monopole, les dirigeants de la CGO ont amorti de manière excessive leurs voitures à chevaux afin de limiter leurs dépenses d’investissement, préférant se constituer un domaine privé de placements dans l’immobilier parisien. Cela explique que les derniers omnibus tirés par des chevaux ont encore circulé dans les rues de Paris…. jusqu’à la veille de la Grande Guerre, en 1913. Cette situation n’a pas manqué de susciter le mécontentement des Parisiens, qui s’est exprimé par la voix de leurs élus aux assemblées locales.

Cette situation conflictuelle rend compte en partie de la relative anarchie des réseaux de surface, en particulier en matière de matériels de toute génération. En effet, en 1906, dans les rues de Paris et de la banlieue se mêlent les omnibus à chevaux, les tramways – réservés aux communes de banlieue avec quelques pénétrantes dans la capitale –, les trolleybus à traction électrique, dont la circulation est réservée aux quartiers périphériques de Paris – par souci esthétique, afin d’éviter la toile d’araignée des fils de traction dans le ciel des quartiers de prestige – et enfin, les autobus à moteur. Le premier circule en 1905 sur la ligne Montmartre-Saint-Germain-des-Prés, avant la mise en route de la ligne de 1906.

 

Michel Margairaz
professeur à l’université de Paris VIII-Vincennes-Saint-Denis