Hector Malot

La Bouille, 20 mai 1830 - Fontenay-sous-Bois, 18 juillet 1907

Le sort réservé à son oeuvre est paradoxal. Reconnu de son vivant pour ses romans destinés au public adulte,  Malot ne vit dans la mémoire qu’à travers quelques livres pour la jeunesse, littérature considérée comme mineure. Il est l’auteur de Sans famille, et rien d’autre. Mais l’ensemble de ses romans mérite un regard plus nuancé.

Fils du notaire de La Bouille, Malot passe sa petite enfance face à la Seine. Ce lieu contribue à former sa sensibilité en éveillant son imaginaire et son goût pour le voyage et l’aventure. Plus tard, à Bosc-Bénard-Commin, dans l’Eure, il rencontre les livres, préférant aux romans édifiants les récits d’aventures : là naît sa vocation d’écrivain.

Il fait son droit, mais refuse de se consacrer à une carrière juridique. Parti pour Paris contre la volonté de son père, il tente de faire jouer un drame mais ne réussit pas dans le monde du théâtre. Il devient journaliste en 1856 au Journal pour tous et, plus tard, collabore entre autres à l’Opinion nationale et au Courrier français.

Son premier roman, Les Amants, premier volume de la trilogie Les Victimes d’amour, est publié en 1859. Pour le rédiger, Malot a recours à une méthode originale. Ayant retrouvé un ancien camarade du collège royal de Rouen, Jules Levallois, devenu critique littéraire et secrétaire de Sainte-Beuve, il lui lit le dernier chapitre rédigé, ils en discutent, puis le jeune romancier apporte les modifications qui lui semblent utiles. Une quinzaine d’années plus tard, il fait de même avec sa fille pour Sans famille. Les critiques des Amants et du deuxième volume de la trilogie, Les Époux, sont élogieuses, dont celles de Taine et de Zola.

Hector Malot devient ainsi l’auteur réputé d’une oeuvre abondante et variée. En 1864, il fait construire une maison à Fontenay-sous-Bois, où il écrit la plupart de ses romans, une soixantaine, souvent publiés par épisodes dans la presse avant d’être édités en volumes.

L’étude du sentiment amoureux et des passions est au centre de nombre d’entre eux, mais Malot sait aussi relater avec réalisme des événements historiques : Clotilde Martory brosse un tableau saisissant du coup d’État de 1851 et Souvenirs d’un blessé rend compte avec précision de la guerre de 1870. Qualifié par Zola de romancier naturaliste, Malot accorde au travail préalable à l’écriture une importance considérable.

Ce fut aussi un écrivain engagé : Un Beau-frère (1868) souligne les effets pervers de la loi sur l’internement d’office, Un Curé de province (1872) critique la vanité, l’ambition cléricales, Sans famille (1878) dénonce les souffrances infligées à des enfants par un exploiteur cynique, Marichette (1884) et Ghislaine (1887) évoquent les difficultés rencontrées par les enfants illégitimes, En famille (1893) met en lumière les mauvaises conditions de vie dans l’industrie textile et propose des innovations sociales. Dans sa vie aussi, Malot sut défendre des causes justes. Il aida Jules Vallès exilé à Londres et favorisa la publication d’une partie importante de son oeuvre en dépit de désaccords fondamentaux. Devenu vice-président de la Société des gens de lettres, il défendit notamment la propriété littéraire à l’étranger. Conseiller municipal de Fontenay-sous-Bois et délégué cantonal, il défendit des idées progressistes, mais refusa toute charge politique véritablement importante.

Malot reste une figure emblématique de la littérature destinée aux jeunes. Comment expliquer le succès de ses romans restés célèbres, Romain Kalbris, En famille et, surtout, Sans famille ? Peut-être, d’abord, par la dimension initiatique des intrigues : dans un monde difficile, des enfants conduisent avec obstination la quête de leur identité personnelle et sociale. Ensuite par les qualités des jeunes héros qui témoignent, en dépit des obstacles, d’une farouche volonté et révèlent de véritables qualités humaines : l’amitié, la générosité, le courage, la sensibilité. La construction même de ces romans maintient le lecteur en haleine et la langue, aisément accessible, est de qualité.

L’oeuvre de Malot destinée au public adulte n’est pas parvenue à s’imposer à la postérité. Il reste que ses romans pour la jeunesse sont de véritables oeuvres d’art, qui ont puissamment contribué à rénover cette littérature.

 

Yves Pincet
maître de conférences honoraire
ancien président fondateur de l’association des Amis d’Hector Malot