Constantin Rossi (dit Tino Rossi)

Ajaccio, 29 avril 1907 – Neuilly-sur-Seine, 26 septembre 1983

Fils d’un tailleur corse à la nombreuse progéniture, Constantino Rossi devait prendre sa succession, mais le destin en a décidé autrement : doué d’une jolie voix, il est repéré par un impresario qui l’impose rapidement au public méridional dans la catégorie «  chanteur de charme ». Il enregistre son premier disque en 1932 et entame une carrière parisienne qui le conduit à l’A.B.C., puis au Casino de Paris dans la revue Parade de France (1934). Incarnant une image de la Corse d’alors, avec une guitare à la main (dont il ne sait pas jouer), il y chante Vieni, vieni et Ô, Corse île d’amour, des musiques signées Vincent Scotto qui deviendra son compositeur favori. Ses ventes de disques enregistrés chez Columbia atteignent bientôt des records.

Le cinéma lui apporte la consécration : en 1936, il tourne Marinella et Au son des guitares, puis il est la vedette de Naples au baiser de feu (1937) et de bien d’autres films qui se succéderont au rythme d’environ un par an. Dans Destins (1946), il crée Petit papa Noël, dont le succès rebondira chaque fin d’année durant plusieurs décennies.

Il fait de nombreuses tournées jusqu’en 1953, puis se consacre davantage à l’opérette : Méditerranée en 1955 au Châtelet, puis Naples au baiser de feu à Mogador en 1958 et Le temps des guitares à l’A.B.C. en 1963.

Artiste consensuel s’il en est, parvenu au statut de mythe vivant, Tino Rossi a traversé sans heurt et sans scandale cinquante ans d’histoire de la chanson. Un anniversaire qu’il a fêté au Casino de Paris en 1982.

Sa discographie considérable rassemble un répertoire éclectique, principalement orienté vers l’amour, de Vincent Scotto à Schubert, en passant par les standards internationaux et les succès de films. Avec ses 1 300 chansons et ses 50 millions de disques vendus, le cas de Tino Rossi relève du miracle : avec un physique méditerranéen à l’expression stéréotypée, sans posséder beaucoup de dons scéniques, il a réussi à s’attacher durablement les faveurs des foules. Le mystère réside sans doute dans le caractère phonogénique de sa voix de ténorino aux harmoniques singulières et dans la sensualité de ses interprétations qui a littéralement mis en transe plusieurs générations de public féminin.

 

Martin Pénet
journaliste et historien de la chanson française
chercheur (centre d’histoire sociale du XXe siècle, université de Paris 1)