Eugène Petit, dit Eugène Claudius-Petit

Angers, 22 mai 1907 - Paris, 24 octobre 1989

La carrière d’Eugène Claudius-Petit, ouvrier ébéniste devenu ministre, est un modèle de méritocratie républicaine. Né en 1907, deux mois après la mort de son père, Eugène Petit garde toute sa vie les marques d’une enfance difficile. Obligé par la pauvreté de quitter l’école, il devient apprenti ébéniste à 12 ans. Grâce aux cours du soir, il gravit tous les échelons de ce métier, au point d’être désigné en 1924 meilleur ouvrier de l’Anjou pour « une porte en archivolte à voussures saillantes ». Cette distinction ne l’empêche pas de militer pour améliorer le sort de l’ouvrier, guidé par le catholicisme social de Marc Sangnier et l’anarcho-syndicalisme. Ayant quitté sa région natale pour le faubourg Saint-Antoine parisien, il devient un des dirigeants du syndicat CGT des ébénistes de la Seine. Après sa réussite en 1934 au concours pour le professorat de dessin, il enseigne au lycée Ampère à Lyon.

Après la défaite de 1940, il entre tôt en résistance dans le mouvement Franc-Tireur où ses talents de dessinateur et de photographe font de lui un artiste des faux papiers. Dans la clandestinité, il prend le pseudonyme de Claudius, qu’il gardera à la Libération, dont il est fait compagnon.

Délégué de la Résistance intérieure à l’Assemblée consultative d’Alger, il est élu député de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) de la Loire en octobre1945. Sensible depuis toujours à la question du logement, il devient ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme en 1948, date à laquelle il fait voter la célèbre loi sur les loyers. Ferme soutien de Le Corbusier, c’est un inlassable défenseur de l’architecture moderne. Il en applique les principes à Firminy-Saint-Étienne dont il est maire de 1953 à 1971.

En 1956, il devient administrateur général de la Société nationale de construction pour les travailleurs algériens (SONACOTRAL), tout en s’engageant dans la lutte contre la torture en Algérie. Partisan des maisons de la culture, protecteur des arts, il n’abandonne aucun des contours de la question sociale, rejoignant en tant que catholique le combat des partisans de la loi sur la légalisation de l’avortement.

L’idée que les humbles ont droit à un habitat sain et que des villes bien construites consolident la démocratie et la justice sociale, a guidé la trajectoire de cet enfant de la République : devenu son représentant, il a participé à tous les événements qui l’ont secouée au XXe siècle.

 

Danièle Voldman
directrice de recherche au CNRS (CHS-Paris 1)