Eugène Sue

Paris, 26 janvier 1804 - Annecy, 3 août 1857

Il n’est pas étonnant que la télégraphiste d’un sketch comique demande à ce que l’on épelle son nom : Eugène Sue est encore mal connu. La célébration du cent-cinquantième anniversaire de sa disparition en 1857 est l’occasion de mettre en lumière un personnage curieux et une oeuvre diversifiée.

Né à Paris en1804, Eugène Sue exerce quelques années l’activité de chirurgien militaire et participe à des campagnes navales. Revenu à Paris en 1828, il écrit des romans maritimes : Kernok le pirate (1830), La Salamandre (1832). Auteur connu, dandy, membre du Jockey-Club, Sue s’oriente ensuite vers le roman de moeurs : Mathilde (1840-41), premier grand roman-feuilleton, montre déjà son intérêt pour les questions sociales.

En 1842-43, la publication en feuilleton des Mystères de Paris dans le Journal des débats constitue un événement littéraire aussi important que la bataille d’Hernani en 1830 : c’est le premier grand roman populaire. Des milliers de lecteurs attendent chaque jour la suite des aventures de Rodolphe qui, prince de Gérolstein, se déguise en ouvrier pour protéger les faibles et les opprimés du petit peuple parisien. Montrant les misères, mais proposant aussi des réformes sociales, Les Mystères de Paris se font le porte-parole de toute une population.

Un an après, Le Juif errant, publié en feuilleton dans le Constitutionnel (1844-45), connaît aussi un immense succès, se faisant l’écho des violentes polémiques entre catholiques et libéraux, et présentant la compagnie de Jésus comme une dangereuse société secrète.

Élu député de gauche à Paris en avril 1850, Eugène Sue écrit Les Mystères du peuple (1849-1857), immense fresque historique, où il raconte l’histoire d’une famille de prolétaires à travers les âges. La censure du Second Empire s’en prend à ce roman particulièrement polémique et l’interdit en 1857, exigeant que tous les exemplaires soient détruits.

Exilé en Savoie à partir de 1852, Eugène Sue continue à publier des brochures contre le Second Empire et des romans-feuilletons. C’est à Annecy qu’il meurt le 3 août 1857.

Héritier de divers courants littéraires, Eugène Sue a créé un type de roman de moeurs où la jungle est celle des villes et où les fauves que le héros doit affronter sont les malfaiteurs et criminels qu’il rencontre dans toutes les couches de la société. Sue prouve aussi son art de mener des intrigues complexes, riches en personnages, avec un souffle digne des grandes épopées.

 

Daniel Compère
maître de conférences en littérature française
à l’université de Paris III - Sorbonne nouvelle