Ignace Pleyel fonde une fabrique de pianos à Paris

1807

De la centaine de facteurs de pianos en activité à Paris dans les années 1830, l’histoire ne retient souvent que le nom de Pleyel. De fait, ses instruments demeurent très présents dans le monde de la musique. Pourtant, si Pleyel garde une place à part dans les mémoires, c’est vraisemblablement parce que son nom reste indissociable de celui de Frédéric Chopin.

Ignace Pleyel ne vient à la facture instrumentale que relativement tard puisqu’il a cinquante ans quand il ouvre son atelier. Élève de Joseph Haydn, il a derrière lui une carrière féconde de compositeur et d’interprète mais également d’éditeur et de marchand de pianos. Alors que ces dernières activités marquent le pas, il décide d’ouvrir son propre atelier de facture à Paris en 1807. Le nom de Pleyel devient en quelques années synonyme de qualité de fabrication et de perfection du timbre. Ses instruments fondent leur réputation sur la douceur du toucher et la facilité de jeu sans besoin « d’alourdir l’exécution ». Ainsi peut-on lire dès 1810 dans les Tablettes de Polymnie : « Dire qu’un instrument sort des ateliers Pleyel, c’est annoncer sa perfection ».

Il semble que les origines viennoises d’Ignace Pleyel aient profondément influencé les choix esthétiques que lui-même et, à sa suite, son fils Camille, ont pu faire dans l’élaboration de leurs instruments. Certes, si leur facture s’installe d’emblée dans la tradition anglaise, qui domine alors le marché français, elle garde tout au long du XIXe siècle un caractère particulier dans lequel, très vraisemblablement, Chopin a su reconnaître les qualités du piano de sa jeunesse polonaise.

La maison Pleyel s’illustrera également dans la facture de harpes, notamment au tournant du XXe siècle, avec la mise au point de la harpe chromatique. Dans les mêmes années, la firme jouera un rôle important dans la remise au goût du jour du clavecin en fabriquant les instruments de Wanda Landowska.

La firme Pleyel comprendra très tôt l’intérêt d’associer à son nom des compositeurs et interprètes de renom, en programmant notamment ces derniers dans des salles de concert adossées aux ateliers de fabrication ; verront ainsi le jour, en 1830, les salons parisiens de la rue Cadet ou, quelques années plus tard, ceux de la rue de Rochechouart et enfin, en 1927, la fameuse salle de la rue du Faubourg Saint-Honoré qui, par son nom, assure encore aujourd’hui la pérennité de la maison Pleyel.

 

Thierry Maniguet
conservateur au musée de la musique
Cité de la musique