Pierre Dux

Paris, 21 octobre 1908 - Paris, 1er décembre 1990

"Le théâtre est dans la nature de l’homme au point que nos sensations, nos pensées, nos imaginations, se confrontent en chacun de nous sous une forme théâtrale, celle d’un dialogue intérieur conscient ou inconscient. " (Pierre Dux).

Du jeune élève du Conservatoire piaffant, claironnant, drôle, à l’administrateur général de la Comédie-Française, respecté, à l’écoute, novateur, Pierre Dux est à la fois un étonnant saltimbanque et un géomètre rigoureux ; il compte parmi les hommes de théâtre les plus importants du XXe siècle. Familier des coulisses dès son plus jeune âge – sa mère, Émilienne Dux, était sociétaire de la Comédie-Française et son père, Alexandre Vargas, comédien à l’Odéon –, Pierre Dux remporte, en 1929, un brillant premier prix de comédie et entre aussitôt dans la maison de Molière. Sa bonne humeur, son naturel, la souplesse de son jeu et de sa voix, sa diction nette et incisive le désignent comme un « valet » de premier ordre. Il réussit pleinement dans les classiques et joue Mascarille, Crispin, Scapin, Don César de Bazan, mais se révèle tout aussi virtuose dans les contemporains, en interprétant Jérôme dans Le Cantique des cantiques de Giraudoux ou l’Annoncier dans Le Soulier de satin de Claudel. Il jouera jusqu’à la fin de sa vie Molière, Shakespeare, Beaumarchais, Rostand, Achard, Ionesco, Beckett, tant d’autres encore et recevra le Molière du meilleur acteur.

L’heureuse rencontre avec Copeau, Jouvet, Dullin, Baty, invités par Édouard Bourdet à la Comédie-Française en 1936, l’amène à la mise en scène qu’il pratique ensuite avec un classicisme simple et exigeant. Résistant, gaulliste, il est nommé en 1944 administrateur de la Comédie-Française. Durant son second mandat (1970-1979), il transforme profondément notre théâtre, en réformant les statuts et en ouvrant largement le répertoire aux auteurs contemporains et aux metteurs en scène extérieurs. « La passion du théâtre a rempli toute ma vie » disait-il ; elle l’a entraîné aussi sur les plateaux de cinéma où il a tourné plus de quarante films. Passé maître dans l’art de jouer la comédie, il fut nommé professeur au Conservatoire. Homme complet, s’intéressant à tout, il fut membre du Conseil économique et social. Il a écrit un livre de souvenirs, il a écrit sur la Comédie-Française, sur l’art de l’acteur. Son talent de comédien, son amour du théâtre, ses qualités de patron et d’homme d’honneur lui valurent d’entrer à l’Académie des Beaux-Arts.

Il était présent, si présent – en scène – à la classe. Présent notre maître au Conservatoire, exigeant, un peu sévère. Sa voix sonore, ses yeux, long visage, grand nez un peu trompette… Quand il nous disait le texte, nous étions fascinés. Comment faisait-il ? Il parlait vrai, il nous éclairait. Ses mains bougeaient, ses doigts semblaient jouer d’un instrument – une musique… celle des mots.

Présent, Monsieur l’Administrateur, si présent.
Présent notre maître – encore – tout au long de ma vie.

 

Catherine Samie
doyen de la Comédie-Française