François Lejeune, dit Jean Effel

Paris, 12 février 1908 - Paris, 16 octobre 1982

C’est presque par hasard qu’en 1932 le jeune homme, qui avait tâté du théâtre, de la poésie et de la peinture, répondit à une petite annonce – « Revue cherche dessinateur » – et signa ses premiers dessins de ses initiales, dont il tira bientôt son pseudonyme. De nombreux journaux, surtout de gauche, s’attachèrent vite sa collaboration et parfois durablement : Action, Messidor, L’Humanité (1936-65), Les Lettres françaises (1944-65), L’Humanité- Dimanche (1948-80) ou La Vie ouvrière (1970-81). Effel publia aussi dans Le Canard enchaîné (1933-49), France-Soir (1944-75) ou L’Express (1957-65). Mais il resta fidèle à ses engagements politiques contractés sous le Front populaire, au point de quitter Le Canard enchaîné, qu’il trouvait trop sceptique sur la situation politique de l’URSS stalinienne où il avait séjourné (en 1935, 1946 et 1949). Compagnon de route du PCF, membre de l’AEAR et de la CGT, militant antifasciste, pacifiste et anticolonialiste, il reçut la médaille d’or du Conseil mondial de la Paix (1953) et le prix Lénine « pour le renforcement de la paix entre les peuples » (1968). C’est dans cette même perspective qu’il faut lire son soutien au Secours populaire ou à l’École publique. « Je me suis quelquefois trompé, j’ai pu m’illusionner, mais je n’ai jamais été un salaud », déclarait-il à la fin de sa vie.

Pendant plus de quatre décennies, Effel fut le chroniqueur infatigable de l’actualité internationale et de la vie politique française – en particulier de la Ve République et du Gaullisme. Comparables à celles de Sennep ou Gassier, ses caricatures acides reposent sur un trait net et souple, rehaussé d’aplats noirs et ponctué d’éléments ironiques ou poétiques (marguerites, oiseaux, araignées, fées, anges…).

Au-delà de ses 170 albums traduits en quinze langues, Effel fut l’auteur de « La Création du monde », vaste cycle humoristique inauguré dès la fin des années 1930 dont une édition définitive en cinq volumes parut au Livre de Poche (1971-74). Cet athée s’amusa à réinventer une Genèse divine, pétrie de drôlerie, d’astuces verbales et de rébus graphiques, où Dieu, les anges, Adam et Ève s’amusent inlassablement. Ces planches pourraient servir d’emblème au dessinateur prolixe que fut Effel, doué d’une grande culture, mais nostalgique de l’enfance perdue, perçue comme une ère d’ingénuité et de liberté créative qu’attestent aussi ses innombrables affiches, illustrations, publicités et statuettes.

 

Bertrand Tillier
docteur en histoire de l’art
maître de conférences à l’université de Paris I - Sorbonne