Création du département de Tarn-et-Garonne

Sénatus-consulte du 4 novembre 1808

Dans la nuit du 28 au 29 juillet 1808, une foule enthousiaste s’est massée à l’extrémité du faubourg toulousain à Montauban pour accueillir l’empereur Napoléon qui va honorer la ville d’une visite. Immense attente : la réparation d’une injustice. Depuis 1790, cette ville de 25 000 habitants, encore très active sur le plan industriel et commercial, a occupé le rang de chef-lieu de district puis de sous-préfecture du département du Lot. Situation humiliante pour une cité qui, à la veille de la Révolution, occupait la troisième place du Midi aquitain, ancien siège de généralité, de cour des aides et de gouvernement militaire.

Pourquoi Montauban avait-elle été privée de département ? Quoique située au centre de sa généralité, elle occupait l’extrémité méridionale du Quercy dont le centre géographique et historique était Cahors. Seul le député du bailliage de Montauban se démena pour faire créer un département. Toulouse et Cahors unissaient leurs efforts pour inciter les villes de leur sénéchaussée à se désunir de Montauban. Le 21 février 1790, le verdict tomba.

En juin 1806, une députation montalbanaise fut reçue par l’Empereur à Saint-Cloud. Dès cette date, il parut prêter une oreille complaisante à ses demandes. Le 16 novembre 1807, l’archichancelier Cambacérès était reçu à Montauban avec un faste qui annonçait la visite impériale de l’année suivante. Dès lors, les notables de tous Bords politiques dépensèrent des trésors d’ingéniosité pour flatter le souverain.

Le 29 juillet 1808 au matin, Napoléon parcourut longuement la ville et  ses abords à cheval puis reçut les  autorités. En partant, il annonça : « Je suis satisfait de l’amour que m’ont témoigné mes fidèles sujets de ma bonne ville de Montauban. J’ai vu avec peine les pertes qu’elle a éprouvées. Je la rétablirai dans ses droits. Vous pouvez la regarder comme chef-lieu de département et je la mettrai au rang des principales villes de mon royaume ».

Il restait à définir les contours du futur département. Ce n’est sans doute pas Napoléon qui découpa dans une carte de France avec des ciseaux le contour du Tarn-et-Garonne. À partir d’août 1808, on s’évertua à créer un département de superficie et population identiques à celles de ses voisins. Un arrondissement entier fut enlevé au Lot (Montauban) et à la Haute-Garonne (Castelsarrasin). Les emprunts aux autres départements se firent plus modestes : trois cantons au Lot-et-Garonne (Montaigu, Auvillar et Valence), un au Gers (Lavit) et un à l’Aveyron (Saint-Antonin). Le critère de population l’avait emporté.

Le 4 novembre 1808, un sénatus-consulte créait le Tarn-et-Garonne et lui donnait Montauban pour chef-lieu. Un décret du 21 novembre organisa le nouveau département. Dès son passage à Montauban, Napoléon avait prévu, en un geste symbolique, l’achat du dernier hôtel de l’Intendance pour y loger le futur préfet, Félix Lepelletier d’Aunay, qu’il nomma par décret du 26 novembre. Après avoir prêté serment le 24 décembre, il arriva dans sa préfecture le 31.

Si le Tarn-et-Garonne avait été créé comme ses voisins en 1790, nul n’aurait songé à en souligner la composition hétéroclite, qu’il partage avec d’autres départements. Aujourd’hui, c’est avec amusement que le benjamin des départements savoure ce caprice de l’Histoire.

 

Pascale Marouseau
directeur des archives départementales de Tarn-et-Garonne