Henri Pourrat

Ambert, 7 mai 1887 - Ambert, 16 juillet 1959

Henri Pourrat
Photographie, 1954-1955
cliché Albert Monier
© Centre Henri Pourrat/BCIU Clermont-Ferrand
 

La vieille Marie contait et contait,
Assise, dos rond, près de la fenêtre…

Deux vers, mais qui ouvrent un roman, Gaspard des Montagnes. Un roman, mais écrit comme un conte et dont le récit, placé dans la bouche de « la vieille », est divisé, non en chapitres, mais en « veillées » et en « pauses ». Une voix ancienne et humble, la mémoire, conservée par les contes, d’une « petite vie de campagne » et de ses drames secrets dans des cantons reculés de la montagne, entre les roches bosselées et les bois sombres : c’est tout Henri Pourrat.

Son œuvre est tout entière située en Auvergne, plus précisément en Livradois. Elle se nourrit des contes que l’auteur a collectés toute sa vie, mais elle est d’abord romanesque et la publication des contes eux-mêmes n’en a été que l’ultime accomplissement.

Henri Pourrat est né à Ambert en 1887. En 1905 il est reçu au concours de l’Agro, qu’il a préparé à Paris, au lycée Henri IV. Mais dans l’été qui suit, il se découvre atteint de tuberculose. Il revient à Ambert où, jusqu’à sa guérison, vingt ans plus tard, il mène la vie d’un demi-malade, allongé le matin devant sa fenêtre ouverte, parcourant la campagne l’après-midi à la découverte du monde paysan, de sa vie, de sa langue, dont il recueille les expressions, de ses traditions, de ses croyances et surtout de ses contes, dont il entreprend une collecte.

De ces contes, il tire « l’histoire à cent histoires » qu’est Gaspard des Montagnes, dont les quatre parties sont publiées avec un succès retentissant entre 1922 et 1930. Un conte traditionnel saisissant, angoissant, fournit le noyau d’une intrigue enrichie à la fois d’autres contes, d’un approfondissement proprement romanesque de personnages principaux au destin tragique, de la multiplication de personnages et d’intrigues secondaires pittoresques, d’une évocation minutieuse et poétique des paysages et de la vie rurale d’autrefois. Un autrefois lointain, mais accessible à la mémoire : les événements se déroulent une centaine d’années avant le récit qui en est fait, à la fin de l’Empire et sous la Restauration ; la tante de la vieille conteuse a connu Gaspard lui-même.

Avec Gaspard des Montagnes, Henri Pourrat trouve son style, qui n’est pas la reproduction de l’oralité ni l’imitation du parler paysan, mais un équivalent écrit – très écrit – destiné à les donner à entendre. Ce style admirable, inoubliable, lui nuira : on en déduira que ses contes, parce qu’il les a récrits à sa manière, ne sont pas le fruit d’une collecte originale, accusation que la publication de cette collecte réduira à néant.

Ces contes, fantastiques, terrifiants, moraux ou facétieux, qu’il avait mis d’abord au service de Gaspard des Montagnes, il se mettra plus tard à leur service quand, après la guerre, il publiera, après quelques recueils séparés, les treize volumes (les deux derniers posthumes) du Trésor des contes. Mais son œuvre est bien loin de se réduire à ces deux ouvrages majeurs. Elle comprend des romans – Le Mauvais garçon (1926), antérieur, dans sa première version, à Gaspard, Georges ou les journées d’avril (1941), Le Chasseur de la nuit (1951) – des essais, comme La Porte du verger (1938), L’homme à la bêche (1940), Le Blé de Noël (1943), des ouvrages de spiritualité, des ouvrages historiques, sans parler d’une correspondance suivie entretenue avec de nombreux écrivains. En 1941, il obtient le prix Goncourt pour Vent de mars.

Enraciné dans son Auvergne, défenseur des valeurs paysannes, Henri Pourrat est pourtant un écrivain universel – universel comme les contes et comme la foi chrétienne qu’il vivait ardemment. Son ami Alexandre Vialatte disait de lui : « Il parle de l’Auvergne en pensant à la terre et de la terre en pensant au Ciel. »

 

Michel Zink
membre de l’Institut
professeur au Collège de France