Inauguration du premier aérodrome organisé au monde

Viry-Châtillon, 23 mai 1909

Au tout début du XXe siècle, les premiers aviateurs ont utilisé pour leurs expériences des terrains d’opportunité comme le champ de manœuvres d’Issy-les-Moulineaux, dont l’usage s’est vite avéré difficile en raison de sa vocation militaire. Certains pionniers décidèrent alors de pallier cette difficulté et d’établir un site spécialement dédié à l’aviation naissante. Il comportait une piste circulaire abritée des vents par les coteaux environnants et des installations pratiques (tour de contrôle, hangars, tribunes, infirmerie, bureau de poste, parking pour automobiles…). Il était situé sur la commune de Viry-Châtillon. Ce fut le premier « aéroport » jamais conçu par l’homme sur la planète. Il fut baptisé « Port-Aviation » par Louis Barthou, le ministre des Transports de l’époque.

Il est en fonction dès la fin de 1908, alors que l’aviation était encore balbutiante mais des festivités s’y succédèrent tout au long de l’année 1909 :

1er avril, baptême en grande pompe des deux aéroplanes de la première école de pilotage jamais créée, en présence de députés et sénateurs ;

23 mai, inauguration officielle du terrain de Port-Aviation, avec de courts envols du sculpteur Léon Delagrange qui est porté en triomphe par le public ;

4 juillet, fête aérienne organisée au profit d’œuvres de bienfaisance. Elle rassemble 10 000 personnes ; on note la présence de Louis Blériot qui va s’illustrer quinze jours plus tard en traversant la Manche en aéroplane ; du 7 au 21 octobre la « Grande quinzaine de Paris ». Cette grande manifestation est inaugurée par le président de la République Armand Fallières et rassemble plus de 100 000 spectateurs en une seule journée ! La foule débarque en gare de Juvisy, d’où la confusion courante sur l’implantation géographique de Port-Aviation… ;

18 octobre, un aéroplane survole la capitale pour la première fois : parti de Port-Aviation, l’appareil piloté par Charles de Lambert va jusqu’à la Tour Eiffel avant de rallier son point de départ, un périple couvert en 50 minutes. C’est la première fois qu’un aéronef effectue un parcours en aller-retour. La performance a un retentissement mondial !

De nombreux pilotes, aéro-clubs et constructeurs s’implantent à Port-Aviation jusqu’en 1914. L’aérodrome est actif tous les jours et accompagne l’essor de l’aviation. Tous les week-ends se déroulent des meetings aériens. Déjà condamné par les promoteurs, le terrain survit grâce à la Grande Guerre : grande base disposant de trois satellites, Port-Aviation abrite des écoles de pilotage militaires, britannique, française, puis belge et portugaise. Mais ensuite l’aérodrome, enclavé dans les habitations, ne survit pas à la guerre et ses surfaces sont loties. Il reste aujourd’hui un bâtiment préservé, l’ancien restaurant et ses dépendances du temps de la Belle Époque, qui servit de mess durant la Guerre.

 

Francis Bedei
président de l’Association de revalorisation du premier aérodrome organisé au monde Port-Aviation