La fondation de la Vie ouvrière par Pierre Monatte

Paris, 5 octobre 1909

Le 5 octobre 1909 paraît le premier numéro d’une nouvelle « revue d’action », la Vie ouvrière (VO), envoyée à 5 000 abonnés potentiels. Cette revue se définit comme « syndicaliste révolutionnaire... anti-parlementaire » et exprime sa foi en un « un mouvement d’autant plus puissant qu’il compte davantage de militants informés, connaissant bien leur milieu et les conditions de leur industrie, au courant des mouvements révolutionnaires étrangers, sachant quelles formes revêt et de quelles forces dispose l’organisation patronale et... par dessus tout ardents ».

 

La VO qui se fait très vite sa place au sein de la CGT est soutenue par les principaux ténors du syndicalisme révolutionnaire : Greffuelhes, Jouhaux, Merrheim, Yvetot. Mais son principal animateur est un jeune inconnu, Pierre Monatte (1881-1960). Fils d’un maréchal-ferrant, marqué par la lecture des Misérables, il s’est engagé très jeune dans le militantisme. Après avoir été quelque temps « pion » dans un collège, il est venu à Paris en 1902, puis, désireux d’avoir plus de liberté, il est devenu correcteur d’imprimerie deux ans plus tard ; il exercera ce métier jusqu’à sa retraite en 1952. Totalement désintéressé et voué à la « cause », ce militant passionné de lecture, d’une très grande culture, exercera une influence sensible sur le mouvement syndical.

 

En 1909, la CGT, créée seize ans plus tôt, est en effet en pleine interrogation. Après avoir montré sa capacité à mobiliser le monde du travail en faveur de la journée de 8 heures, le 1er mai 1906, elle a, lors de son congrès tenu la même année à Amiens, revendiqué avec superbe son autonomie à l’égard des partis politiques et d’abord de la SFIO. Dès lors, la CGT, en majorité syndicaliste révolutionnaire, a cru en l’imminence d’une révolution anticapitaliste qu’elle mènerait à bien. Mais cette vision trop optimiste s’est heurtée à une répression gouvernementale sévère, symbolisée par Georges Clemenceau. Après des actions d’éclat mais sans lendemain, un nombre croissant de militants ressent le besoin de procéder à un examen de conscience du syndicalisme révolutionnaire. Ce dernier ne suffisant plus, il faut, en liant étude et action, donner aux militants de nouvelles armes pour se battre. C’est exactement ce que fera la VO jusqu’en 1914 en cherchant à définir un syndicalisme révolutionnaire plus élaboré. L’histoire de la VO se poursuivra ensuite sous d’autres formes jusqu’aux années les plus récentes. Pierre Monatte est aujourd’hui reconnu par la CGT comme un de ses pères fondateurs.

 

Michel Dreyfus
directeur de recherches au CNRS
centre d’histoire sociale du XXe siècle