Page d'histoire : Jacques-Claude-Marie Vincent, marquis de Gournay Saint-Malo, 28 mai 1712 - Paris, 27 juin 1759

En dépit des recherches effectuées, il n’a pas été trouvé de portrait de Vincent de Gournay

Vincent est issu d’une des grandes familles négociantes de Saint-Malo. La ville est alors un important port de commerce tourné vers l’Atlantique et, au XVIIIe siècle, l’Espagne. Comme nombre de jeunes négociants malouins, Vincent part à un âge encore tendre, il a dix-sept ans, faire son apprentissage « au comptoir », à Cadix, où la société de son père et de ses associés, Verduc et Villebarre, est une des grandes maisons de la place. Il y restera un peu plus de quinze années au cours desquelles il fera fortune. Revenu en France en 1747 à la suite du décès de son associé Villebarre, il en épouse la veuve, consolidant ainsi l’alliance familiale. Il devient dans le même temps « seigneur de Gournay » par héritage, entre au Grand Conseil dès l’année suivante avant de racheter une charge d’intendant de commerce laissée vacante par le décès de son titulaire, Le Tourneur, en 1751. Il abandonne sa charge en mai 1758, déjà largement diminué par la maladie qui allait finalement l’emporter le 27 juin de l’année suivante.

Vincent de Gournay avait un pied dans chaque monde : administrateur de par son office d’intendant du commerce et son siège au Grand Conseil, intellectuel par ses liens avec de nombreux auteurs économiques et sociaux (les abbés Coyer et Morellet, Turgot et Véron de Forbonnais pour ne citer que les plus connus), négociant par son passé et les multiples liens qu’il avait conservés dans ce milieu. De cette position privilégiée est né le projet, chez cet homme de réseaux, de rapprocher des univers, habituellement étrangers les uns aux autres au siècle des Lumières. Ainsi, grâce à son entremise, de nombreuses personnalités se sont intéressées aux questions économiques, et ont créé un genre nouveau : la « science du commerce » qui fut fort populaire dans le monde des salons parisiens. On leur doit la création de l’économie politique. Par ailleurs, plusieurs de ces personnages occuperont lors des décennies suivantes des places importantes dans l’administration royale du commerce et des manufactures (inspecteur général des monnaies, des manufactures ou encore contrôleur général). Ces raisons concourent à faire de Vincent de Gournay un personnage essentiel pour comprendre l’évolution de la pensée et des institutions économiques et politiques françaises du milieu du XVIIIe siècle.

 

Loïc Charles
professeur à l’université de Reims Champagne-Ardenne
chercheur associé à l’INED
 

Source: Commemorations Collection 2009