Robert Ier Estienne

Paris, 1503 - Genève, 7 septembre 1559


Les mots francois selon l’ordre des lettres ainsi que les fault escrire : tournez en latin, pour les enfans,
Robert Estienne, Lyon, Thibauld, Payen 1552
Tours, université François Rabelais, service commun de documentation, fonds Brunot
© dr. rés.

Robert Ier Estienne est un imprimeur-libraire dont les publications marquent l’apogée de l’art du livre en France au XVIe siècle, époque où ce nouveau mode de diffusion de l’écrit s’est imposé au détriment du manuscrit et a acquis nombre de ses caractéristiques modernes : la page de titre marque clairement l’identité éditoriale et commerciale, la typographie romaine se généralise, le texte se divise en chapitres et paragraphes ponctués de lettres ornées. À l’instar de contemporains tels qu’Alde Manuce à Venise ou Johan Froben à Bâle, Robert Estienne réunit les compétences d’un typographe exigeant, d’un savant érudit et d’un commerçant avisé. Son père Henri Estienne, qui s’installe au début du XVIe siècle à Paris, édite Jacques Lefèvre d’Étaples et ses disciples. Comme ses frères, François et Charles, l’un libraire, l’autre médecin et imprimeur-libraire, Robert Estienne reçoit une solide éducation classique. Il apprend le métier auprès de son beau-père, Simon de Colines, graveur de caractères et imprimeur-libraire spécialisé dans la publication de textes de l’Antiquité classique et d’ouvrages scientifiques. Il épouse une fille de Josse Bade, imprimeur-libraire humaniste de renom et s’installe à son compte en 1526, adoptant la marque de l’olivier à la branche taillée et la devise « Noli altum sapere sed time »1, qui seront utilisées par tous ses successeurs.

Après avoir débuté en publiant des éditions scolaires et des traités pédagogiques, Estienne fait paraître une Bible latine in-folio en 1528 et deux éditions de l’Ancien Testament en hébreu. Lexicographe et latiniste, il publie ses recherches dans un Thesaurus lingue latinae dont l’édition définitive date de 1543 et il a l’initiative du premier dictionnaire latin-français, français-latin qui fait l’objet de nombreuses éditions. Nommé en 1539 par François Ier imprimeur du Roi pour le latin, le grec et l’hébreu, il est associé à l’initiative royale de faire tailler par Claude Garamond des poinçons de caractères grecs reproduisant l’écriture du scribe royal, Ange Vergèce. Avec ces fontes, il imprime des textes d’historiens et de théologiens dont les manuscrits sont conservés dans la bibliothèque royale et trois éditions du Nouveau Testament. Ses travaux sur les textes bibliques suscitent l’hostilité de la faculté de théologie de Paris et du roi. Se sentant menacé, il s’installe en 1550 à Genève où il fait transporter des doubles de toutes ses fontes, ses lettrines et ses marques. Il reprend ses travaux bibliques imposant l’usage des versets numérotés dans le Nouveau Testament, puis dans la Bible tout entière (1555) et il publie des ouvrages d’auteurs protestants en signant « À l’Olivier de Robert Estienne », sans indication de lieu. Ses fils, Henri II à Genève, Robert II et Charles II à Paris et leurs descendants dans l’une et l’autre villes, assurent la pérennité de cette dynastie dont les livres connurent une grande diffusion à travers l’Europe et sont des fleurons des collections patrimoniales des bibliothèques d’aujourd’hui.

 

Annie Charon-Parent
professeur à l’École nationale des chartes

 

1. « Garde-toi de connaître le Très-Haut mais crains-le. »