Etienne Dolet

Orléans, 3 août 1509 - Paris, 3 août 1546

Né en 1509 dans une famille dont on ne sait rien, Étienne Dolet étudie à Paris (1521) et à Padoue (1526), puis devient secrétaire de l’évêque Jean de Langeac, ambassadeur de France à Venise (1527). Orateur de la « nation française » à l’université de Toulouse (1532), il doit quitter la ville à la suite de ses deux Discours contre Toulouse ; il vient à Lyon, entre comme correcteur chez l’imprimeur Sébastien Gryphe (août 1534), et commence aussitôt à publier. Mais, déjà engagé dans plusieurs controverses, il doit à nouveau s’enfuir à la suite d’un meurtre (1536). Par l’Auvergne, il gagne Orléans et Paris où il obtient des lettres de rémission (1537).

Dolet est certes ce qu’il est convenu d’appeler un mauvais garçon, mais il est surtout un humaniste qui publie sur la question du latin et de la rhétorique, sur les positions d’Érasme, sur le problème de la traduction ou encore sur ceux de l’orthographe et de la ponctuation. Ayant obtenu du roi un privilège pour dix ans (3 mars 1538), il se lance comme libraire à Lyon, puis s’établit imprimeur à la marque de la « Doloire » grâce à l’appui financier d’Hellouin Dulin (1540). Il donne au total 94 titres, parfois de sa plume, parfois aussi des titres contrefaits, ce qui le brouille avec les auteurs comme avec les imprimeurs et libraires. Il aurait en outre profité de la grande grève des ouvriers imprimeurs pour développer ses affaires d’imprimerie comme de librairie.

Emprisonné à Lyon pour avoir importé des exemplaires de L’Institution (Institutio christianae religionis) de Calvin (1er juillet 1542), Dolet obtient à nouveau des lettres de rémission grâce à la reine de Navarre (juin 1543), puis grâce à François Ier lui-même (sept. 1543). À nouveau arrêté (6 janv. 1544), il réussit à passer en Piémont, d’où il revient en France, confiant dans ses appuis à la Cour. Il est pourtant arrêté à Troyes et transféré à la Conciergerie de Paris (12 sept. 1544). Condamné à mort pour détention de livres interdits et pour hérésie, il est étranglé place Maubert le 3 août 1546, et son corps jeté au feu avec ses livres.

Sur le plan historique, le parcours d’Étienne Dolet peut être regardé comme caractéristique d’une période hésitant, en France, entre ouverture humaniste et contrainte autoritaire, notamment en matière religieuse. Symbole de la liberté de penser et de celle de la presse, Dolet fait, dès les années 1700, figure de martyr de l’intolérance : le libraire-imprimeur parisien Née de La Rochelle rédige sa biographie (1779). Sa statue, inaugurée place Maubert le 19 mai 1889, devient rapidement le point de convergence de manifestations multiples, alors que la question des rapports entre la République et l’Église s’impose au centre de la vie politique française. La statue sera fondue par les Allemands en 1942.

 

Frédéric Barbier
directeur de recherche au CNRS
directeur d’études à l’EPHE


Programme des manifestations

Edition

Etienne Dolet : Etienne Dolet ou la Couronne d'Hercule. Les Carmina (1538), édition traduite et annotée, introduction de Catherine Langlois-Pézeret, éditions Droz (Genève) ; environ 672 p. reliées ; 113,85 € ; à paraître courant 2009

 

Ile-de-France (Paris)

1er - 3 avril 2009
Colloque international "Lire un texte vieilli, du Moyen Age à nos jours" réuni pa Michel Zink (Collège de France). Parmi les textes abordés : pourquoi certains livres ne vieillissent-ils pas ? ; François Villon et le vieux style, entre nostalgie et polémique ; Charles d'Orléans ; le Roman de la Rose ; Perrault et les frères grimm, etc...
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