Création des parcs nationaux

Loi du 22 juillet 1960

Il existe aujourd’hui dans le monde près de 2 500 parcs nationaux établis sur tous les continents dans des pays très différents de par leur situation géographique et politique, leur histoire, leur civilisation ou leurs traditions. Le premier des parcs nationaux a été créé en 1872. Il s’agit du Parc de Yellowstone (800 000 hectares) aux États-Unis. Il a été suivi de beaucoup d’autres non seulement aux États-Unis mais partout ailleurs. À l’époque, la création des parcs nationaux intervient concurremment avec la concentration urbaine et la révolution industrielle. John Muir, l’un des principaux artisans des Parcs américains, écrivait en 1898 : « Des milliers de citoyens fatigués, énervés ou trop civilisés commencent à réaliser que partir à la montagne, c’est rentrer à la maison, que l’étendue sauvage est une nécessité et que les parcs et réserves sont source de vie ».

Les conceptions semblent avoir un peu évolué depuis au XXe siècle et donc également en France. Si les parcs nationaux sont toujours ouverts au public pour qu’il puisse retrouver de grands espaces vierges, priorité est donnée à la protection de la faune et de la flore ; vient ensuite la sauvegarde des paysages, le bien-être de l’homme arrive après parce que l’on sait aujourd’hui que le maintien de la biodiversité, la préservation des espèces animales et végétales sont indispensables pour notre avenir même.

Nous commémorons une loi qui date de 1960 alors que le premier parc national a été créé en 1872. La France était-elle si en retard ? Il y a à cela de nombreuses raisons : on peut en citer quelques-unes :

• La France possède une administration propre (intégrée au ministère de l’Agriculture), bien implantée sur le terrain : celle des Eaux et Forêts. Cette administration est fort ancienne puisque certains la font remonter à Philippe le Bel qui, en 1291, créa le corps des maîtres des Eaux et Forêts. Outre les forêts, elle s’occupe des questions de chasse et de pêche mais également de paysage et elle s’estime donc déjà en charge de la protection de la nature.
• Jusqu’à la fin de la dernière guerre, la France reste encore un pays rural et il existe peu de grands espaces inhabités.
• En français, le terme de « parc » évoque l’idée d’un espace interdit, clos, fermé, ce qui n’est pas forcément bien ressenti par l’opinion publique.
• Par ailleurs, la propriété foncière reste, depuis la révolution de 1789, quelque chose d’inviolable et de sacré et les populations, notamment rurales, voient d’un mauvais œil de nouvelles servitudes peser sur leurs terrains, même dans des endroits perdus, surtout pour être ouverts à un public principalement citadin…
 

Aussi n’y a-t-il pas à l’époque de parcs nationaux en métropole sauf un petit embryon créé par les forestiers dans le massif du Pelvoux. En revanche, il en existe un certain nombre dans les protectorats et colonies de la France.

En 1960, c’est la décolonisation. La plupart des nouveaux pays conservèrent les parcs issus de la période coloniale surtout s’ils jouaient un rôle important en matière touristique. Mais il n’y a ni parcs nationaux ni texte qui en traite sur le territoire métropolitain, ce qui paraît inacceptable « pour un grand pays comme la France » suivant la formule chère au premier président de la Ve République.

La loi du 22 juillet 1960 va donc être l’un des premiers grands textes de la nouvelle République, en quelque sorte une loi de « prestige ».

L’élaboration de ce texte est très influencée par les débats qui avaient lieu depuis plusieurs années concernant le massif de la Vanoise en Savoie. Les scientifiques voulaient un vaste domaine pour étudier leur spécialité et étaient donc, pour quelques-uns d’entre eux, assez hostiles à l’idée d’un parc ouvert au public ; d’autres insistaient au contraire sur l’utilité d’ouvrir un espace naturel protégé à ceux qui en étaient quotidiennement dépourvus et d’y développer toute une pédagogie ; certains enfin estimaient qu’il ne s’agissait pas seulement de mieux connaître la nature ou de mieux la faire connaître à ceux qui n’avaient plus de contacts fréquents avec elle mais d’œuvrer pour la stabilisation, voire le développement économique des populations locales directement concernées, usagers traditionnels du territoire.

La loi va essayer de faire une synthèse de ces différentes tendances et prévoit une sorte de système radioconcentrique :

Une zone centrale, en général d’une superficie importante, est normalement ouverte au public mais dotée d’une réglementation assez stricte (interdiction de déranger les animaux, de cueillir des végétaux, d’utiliser des instruments bruyants, de camper…). La surveillance est assurée par des « gardes-moniteurs » qui n’ont pas seulement pour mission de faire respecter une réglementation mais aussi d’initier le public à la nature.

• À l’intérieur de la zone centrale, des réserves intégrales peuvent être créées, éventuellement interdites au public et destinées uniquement à la recherche scientifique. L’ensemble forme ce qu’on appelle le parc proprement dit.

Une zone périphérique doit constituer une sorte de « zone-tampon » entre le parc proprement dit et l’espace extérieur. Normalement, c’est dans cette zone périphérique que l’activité d’accueil touristique doit se développer. Il n’y existe pas de contraintes particulières. En revanche, elle doit faire l’objet d’un ensemble de réalisations et d’améliorations d’ordre social, économique et culturel tout en rendant plus efficace la protection de la nature dans le parc.

Contrairement à de nombreux autres pays, les terrains intéressés ne font pas l’objet d’une acquisition par l’État ni d’une procédure d’expropriation mais d’un système de servitude d’utilité publique.

Les parcs nationaux ont donc été étudiés en application de cette loi du 22 juillet 1960. Les premiers ont été créés sous l’égide du ministère de l’Agriculture (et donc du service des Eaux et Forêts) :

• Le parc national de la Vanoise (juillet 1963)
• Le parc national de Port-Cros (décembre 1963)
• Le parc national des Pyrénées (mars 1967)
• Le parc national des Cévennes (septembre 1970)

Le 27 janvier 1971 est constitué le premier ministère de la Protection de la nature et de l’environnement où est tout naturellement transférée la direction de la protection de la nature, organisme de tutelle des parcs nationaux. Sont alors créés sous l’égide du ministère de l’Environnement :

• Le parc national des Écrins (mars 1973)
• Le parc national du Mercantour (août 1979)
• Le parc national de la Guadeloupe (février 1989)

Une nouvelle loi relative aux parcs nationaux a été adoptée le 14 avril 2006. Ont été créés depuis :

• Le parc national de Guyane ou parc amazonien de Guyane (février 2007)
• Le parc national de la Réunion (mars 2007)

D’autres sites sont actuellement en cours d’étude (dont le plus avancé est sans doute celui des Calanques près de Marseille) ce qui prouve que la dynamique amorcée par la loi du 22 juillet 1960 est toujours d’actualité.

 

Pierre Merveilleux du Vignaux
ancien directeur du Parc national du Mercantour