René Lalique

Ay (Marne), 6 avril 1860 - Paris, Ier mai 1945

Révélant très tôt ses dons pour le dessin, René Lalique s’installe à son compte dès 1882 et reprend en 1885 un atelier de joaillerie où il entame une carrière de créateur. Il travaille l’or et l’émail, s’inspire de l’Antiquité et du Japon, vend des dessins à Boucheron et à Vever sous les noms desquels ses œuvres figurent à l’Exposition universelle de 1889. Un an plus tard, il emploie 30 ouvriers et s’établit avenue de l’Opéra, décidé « à créer quelque chose qu’on n’aurait pas encore vu ».

En 1895, il présente au Salon des artistes français ses premiers objets en verre et des bijoux exceptionnels, et expose au premier Salon de l’Art nouveau. En 1896, il envoie au Salon son premier objet en corne, type d’envoi renouvelé en 1897 accompagné du Pavot, aujourd’hui au musée d’Orsay. En 1899, Gulbenkian acquiert sa première pièce, début d’une amitié avec Lalique nouée par Sarah Bernhardt pour qui l’artiste avait créé des bijoux de scène.

L’exposition universelle de Paris en 1900 assure sa consécration. En 1903, il participe au premier Salon d’Automne, et accomplit son premier voyage aux États-Unis, où Henri Walters acquiert les bijoux conservés à la Walters Art Gallery de Baltimore. En 1905, Lalique ouvre un magasin place Vendôme et, en 1908, débute sa collaboration avec le parfumeur François Coty, se vouant désormais à la recherche dans le domaine du verre.

C’est d’abord de l’usine de Combs-la-Ville que sortent ses flacons, selon un procédé de moulage déposé. D’autres pièces suivent, tels les calices et les coupes montés en métal exposés à Galliera en 1910. Alors que la dernière exposition de bijoux a lieu en 1912, Lalique travaille le verre pour Doucet et Coty. Il introduit l’éclairage électrique dans certains de ses modèles, fait siens des procédés qui permettent d’éditer en nombre et de diffuser des pièces retravaillées à la roue et patinées de diverses façons. La patine givrée-satinée caractérise dès lors sa verrerie, dans les recherches de couleurs intenses comme dans les transparences et opalescences du cristal ou du verre.

En 1914-1918, il recherche en Lorraine des ouvriers et un lieu où les installer : c’est à Wingen-sur-Moder (Bas-Rhin) que le premier four entre en activité en 1921. En sortent entre autres les éléments de son premier décor pour un paquebot, le Paris. En 1925, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes consacre sa participation à la naissance de l’« Art déco » et à la promotion dans tous les domaines de son matériau d’élection, le verre.

La fontaine monumentale qu’il présente à l’Exposition coloniale de 1931 annonce sa réalisation la plus spectaculaire, le décor de la salle à manger des premières classes du Normandie (1935). Des expositions rétrospectives (Paris, 1933 ; New York, 1936) installent sa figure de grand créateur. Encore éminemment présent lors de l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne de 1937 à Paris, il renouvelle l’exploit à New York en 1939. La guerre assèche les commandes ; René Lalique s’éteint à Paris peu après la victoire.

La maison Lalique assure toujours le rayonnement de cet art, et le collectionnisme a puissamment compensé le relatif fléchissement du marché, sur la base d’un catalogue raisonné publié en 1989 et d’une bibliographie copieuse. Expositions et présentations permanentes dans de grands musées (les Arts décoratifs et le musée d’Orsay à Paris, la Fondation Gulbenkian à Lisbonne, le Lalique Museum à Hakone au Japon) entretiennent la renommée de René Lalique.

L’État a encouragé l’initiative du département du Bas-Rhin, gérée par un syndicat mixte Région-Département-Commune, de créer un musée Lalique, agréé Musée de France en 2008, qui verra le jour dans une architecture de Jean-Michel Wilmotte en 2011 toute proche de l’usine même de Wingen-sur-Moder, en hommage à un maître de la lumière et de la poésie.

 

Pierre Provoyeur
conservateur général du patrimoine

 

Références d'archives

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