François-Noël Babeuf, dit Gracchus Babeuf

Saint-Quentin, 23 novembre 1760 - Vendôme, 27 mai 1797
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Obligé de travailler dès l’enfance, il apprend le métier de feudiste, créé par les nobles pour récupérer leurs droits tombés en désuétude. Il lit beaucoup, notamment Rousseau, et écrit autant. Ses préoccupations sociales se manifestent notamment dans son ouvrage Le Cadastre perpétuel (1789).

 

Il se bat contre les limitations bourgeoises de l’Assemblée constituante. Arrêté une première fois en mai 1790, il fonde en octobre Le Correspondant picard. Accusé de faux en écritures publiques, il se réfugie à Paris en février 1793. C’est peu après un nouvel emprisonnement et une nouvelle libération que survient le renversement de Robespierre et de la République jacobine (9 thermidor). Babeuf traverse une brève phase antirobespierriste et se met au service des Thermidoriens sans renier ses idées sociales. Rapidement, il répudie ses illusions et lance Le Tribun du peuple. Mal imprimé mais bien écrit, ce journal acquiert une réelle influence dans les milieux populaires. Babeuf prend le surnom de « Gracchus », plus conforme à ses idées égalitaires que son ancien surnom de « Camille ».

 

À nouveau arrêté fin 1794, il ne peut participer aux émeutes du printemps 1795 qui sont de sanglants échecs pour les révolutionnaires. La Convention amnistie les anciens révolutionnaires qualifiés de « terroristes » (au sens de 1795, évidemment). Une nouvelle constitution, censitaire, un nouveau régime, le Directoire, sont mis en place. La Révolution semble avoir reflué aux limites de 1791. Babeuf relance rapidement le Tribun du peuple dans lequel il attaque le Directoire, lance un « Manifeste des Plébéiens » qui affirme vouloir « supprimer la propriété particulière ». C’est alors que Babeuf entre dans l’Histoire comme le premier communiste à chercher à prendre le pouvoir.

 

Le Club du Panthéon où se réunissaient les révolutionnaires survivants est fermé. Babeuf constitue un comité secret (mars 1796) avec de grands noms de la presse démocratique et d’anciens robespierristes tels Darthé, Debon et Buonarroti. Il ne s’agit pas seulement de renverser le Directoire mais encore la propriété individuelle et d’instaurer « la communauté des biens, des travaux et des jouissances ». Ce « Directoire secret de salut public » coordonne la propagande à Paris, dans certaines formations militaires et un grand nombre de villes.

 

L’insurrection se prépare, qui mettrait en place une « autorité révolutionnaire et provisoire ». Mais le Directoire a pris des mesures strictes : la propagande en faveur de la Constitution robespierriste comme en faveur de l’abolition de la propriété privée est punie de mort ; les regroupements babouvistes sont chargés par la cavalerie ; la rébellion de la Légion de Police (unité plébéienne) est sévèrement réprimée. Babeuf et les dirigeants de la conspiration sont arrêtés le 10 mai 1796 (19 floréal an IV).

 

Le procès en Haute Cour de Justice dure plus de 4 mois. Il se tient à Vendôme, loin des passions parisiennes. Babeuf et Darthé sont guillotinés après une tentative de suicide ; les autres dirigeants sont condamnés à la déportation.

 

Ce communisme, s’il n’est pas économique, n’en émet pas moins deux idées essentielles : la nécessité de s’organiser politiquement (Marx dira « La première apparition d’un parti communiste réellement agissant ») et la nécessité d’une dictature révolutionnaire transitoire. Le survivant Buonarroti, dans L’Histoire de la Conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf (1828), bâtira un pont entre son camarade de 1796 et les révolutionnaires du XIXe siècle.

 

Jean-Marc Schiappa
responsable de la revue Études babouvistes
 


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