François Desportes

Champigneulle (Ardennes), baptisé le 16 février 1661 - Paris, 1743

« Les plus grands connaisseurs disaient de lui qu’il était aussi bon poète avec son pinceau que le célèbre Jean de La Fontaine était bon peintre avec sa plume » relate le chroniqueur du Mercure de France en juin 1743, quelques mois après la mort de François Desportes. Malgré ces propos flatteurs, Desportes tomba rapidement dans le purgatoire de l’oubli dès la fin du XVIIIe siècle. Après l’exposition, au début du XXe siècle, d’une partie de ses études peintes, il fallut attendre celle du fonds de son atelier, au musée du Louvre en 1982, puis une première exposition monographique, en 1998, à la Fondation Mona Bismarck à Paris et au musée de Gien pour prendre véritablement conscience de la place du peintre dans l’art du XVIIIe siècle.

Arrivé en 1673 à Paris de ses Ardennes natales, il entra en apprentissage chez le peintre animalier Nicasius Bernaerts, qui lui transmit son métier flamand, hérité de Frans Snyders. Desportes exécuta par la suite diverses décorations intérieures ou décors de théâtre. Son passage à la manufacture des Gobelins, en 1692-93, afin de restaurer les animaux de la future Tenture des Indes, fut l’occasion de se familiariser avec l’art de Pieter Boel. Après avoir été portraitiste de la cour de Pologne en 1695-96, il revint en France et abandonna progressivement cette spécialité pour se consacrer à diverses décorations intérieures avec Claude III Audran à Paris, Versailles, Clichy ou Anet. Reçu à l’Académie royale de peinture en 1699, en tant que « peintre d’animaux » avec son célèbre Autoportrait en chasseur (Paris, musée du Louvre), il obtint sa première commande de Louis XIV en 1700 pour la ménagerie de Versailles. Dès lors, il ne cessera de recevoir des commandes pour les diverses demeures royales jusque sous le règne de Louis XV. Parmi les œuvres qui lui valurent un grand succès comptent les portraits des chiens de Louis XIV et de Louis XV et d’innombrables sujets de chasse dans lesquels chiens et animaux traqués se jettent dans d’ultimes combats pleins de fougue.

Les natures mortes constituent sans conteste un morceau de choix dans son œuvre. Il y déploie sa manière brillante, sa riche palette mise au service d’un clair-obscur savamment dosé, et son sens incomparable de la mise en scène d’objets dont les textures s’opposent en se mettant en valeur.

Une singularité exceptionnelle pour un peintre français de ce temps est la conservation de son fonds d’atelier. D’une grande diversité, constitué de plusieurs centaines de dessins et études peintes sur papier, cet ensemble permet de suivre le processus d’élaboration d’un grand nombre de ses peintures. On peut, de surcroît, y déceler l’intimité du peintre et faire ressortir le contraste entre sa prédilection à capter les instants furtifs de la nature et la retenue du peintre officiel de l’Académie. Nous y découvrons son talent de coloriste, son sens aigu de l’observation du monde animal et, plus généralement, d’une nature dont il avait  pénétré la beauté et proposé une nouvelle approche plus sensible et plus réaliste.

 

Pierre Jacky
directeur du World Monuments Fund Europe