Maurice Maeterlinck (1862-1949), Prix Nobel de littérature

Stockholm, 10 décembre 1911

Maurice Maeterlinck
le 8 avril 1903
Bibliothèque nationale de France
© BnF

Le Prix Nobel qui échoit à Maurice Maeterlinck en 1911 a une triple signification. Il couronne tout d’abord une œuvre quadruple, faite qu’elle est de poésie, de théâtre, d’essai et de traduction et qui a profondément marqué des personnalités aussi différentes que Rilke, Musil, Pessoa, Breton, Gracq et Artaud. Il consacre ensuite l’esthétique symboliste qui s’est lentement affirmée, entre décadentisme verlainien et métaphysique mallarméenne. Il constitue enfin la première légitimation d’une littérature francophone extra-hexagonale. En effet, si les provinces belgiques ont de tout temps participé à l’aventure culturelle française, il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour voir s’y affirmer une littérature solide, qui est le fait aussi bien de Flamands que de Wallons (à cette époque, la bourgeoisie a partout opté pour le français). Mais cette francité est contrebalancée par des traits exotiques de nordicité.

Maeterlinck naît à Gand en 1862. En 1874, il entame ses études au collège jésuite Sainte-Barbe (où étudièrent également Verhaeren et Rodenbach) puis se dirige vers le droit. Le jeune écrivain séjourne alors à Paris, où Villiers de l’Isle-Adam l’oriente vers le symbolisme.

En 1889, le génie de Maeterlinck se révèle. Coup sur coup, en effet, paraissent les poèmes des Serres chaudes – un univers immobile et suffocant qui reflète les impuissances de l’âme, et qui allait devenir une référence pour les surréalistes – et une pièce qu’Octave Mirbeau allait célébrer, en comparant l’auteur à Shakespeare. La princesse Maleine rompait en tout cas avec le conformisme théâtral de l’époque, en disqualifiant toute anecdote et en construisant un univers à la fois sourd et violent, peuplé de personnages fantomatiques à la langue elliptique. Trois autres drames brefs, dont L’Intruse (1890), poussent plus loin encore le dépouillement de la dramaturgie.

Plus ample, Pelléas et Mélisande (1892), qui sera mis en musique par Fauré, Debussy et Schoenberg, constitue la synthèse du premier théâtre de Maeterlinck, théâtre du destin où l’action ne se noue qu’à travers des gestes symboliques et des monologues sans référent. De ce resserrement témoignent les drames pour marionnettes Alladine et Palomides, Intérieur et La mort de Tintagiles (1894).

En 1897, après avoir publié ses Douze Chansons (qui seront Quinze en 1900), l’auteur s’installe en France, où il occupera l’ancienne abbaye de Saint-Wandrille puis le domaine d’Orlamonde, qu’il fait construire à Nice. Son nouveau théâtre, moins marqué par la fatalité, atteint son sommet avec la féerie philosophique de L’oiseau bleu (1908).

Parallèlement, il s’est orienté en direction de l’essai. Le méta-physicien du Trésor des humbles (1896) et de La sagesse et la destinée (1898) s’efforce de naviguer entre l’inquiétude et le quotidien. Mais c’est surtout sa réflexion sur la construction sociale du monde naturel qui vaut à l’auteur sa réputation de philosophe spiritualiste : il célèbre l’unicité de l’univers dans La vie des abeilles (1901), que complèteront plus tard La vie des termites (1926) et La vie des fourmis (1930).

 

Jean-Marie Klinkenberg
de l’Académie royale de Belgique