Maurice Schumann

Paris, 10 avril 1911 - Paris, 10 février 1998

Pendant les heures sombres de l’Occupation, les Français ne connurent de lui que sa voix grave et vibrante qui, sur les ondes de la BBC, les exhortait à ne pas se résigner et leur parlait de la victoire à venir.

Cette flamme patriotique l’habitait depuis son enfance, marquée par la Grande Guerre. Elle n’allait jamais faiblir, pas plus que cette autre flamme, spirituelle celle-là, qui le brûlait depuis sa conversion au catholicisme.

Une grave maladie pulmonaire l’ayant obligé à renoncer à un -cursus universitaire, il se tourne vers le journalisme politique, devient correspondant de l’agence Havas à Londres, de 1933 à 1935, et se découvre un intérêt passionné pour les dossiers internationaux. Les multiples articles qu’il signe dans des revues d’inspiration sociale chrétienne rendent compte avec perspicacité des ambitions réelles de l’Allemagne nazie.

Il s’engage à titre volontaire lors de la déclaration de guerre et devient officier de liaison auprès du corps expéditionnaire britannique. L’espoir de continuer la lutte dans l’Empire le mène sur la route de Bordeaux, lorsqu’il entend par hasard l’appel du 18 juin, et il réussit à embarquer pour Londres le 21 juin.

Tout son passé le préparait à ce moment et sa vie en sera boule-versée. Il se trouve à la BBC lorsque tombe la nouvelle de la tragédie de Mers El-Kébir et rédige à la hâte un texte qui est aussitôt lu à l’antenne. Dès le lendemain, de Gaulle fait de lui son porte-parole officiel, lors des cinq minutes accordées chaque soir, à 20 heures 25, à la France libre. Il y parlera plus de mille fois et, soir après soir, les Français seront toujours plus nombreux à guetter, malgré les brouillages, cette « voix de l’espérance ». Voix de combat également, elle sera le soutien des premiers Résistants et, en 1944, la « guerre des ondes » retentira de ses joutes oratoires avec Philippe Henriot.

Il avait demandé à participer aux opérations de libération du pays et il débarqua avec la 5e division britannique le 6 juin 1944 sur la plage d’Asnelles. Puis il prend part avec la mythique division Leclerc à la campagne de France et à la libération de Paris. De Gaulle le fera Compagnon de la Libération.

Si sa popularité est immense, il n’en connaît pas moins le moment le plus douloureux de sa vie publique : premier président du Mouvement Républicain Populaire (MRP), il se trouve bientôt écartelé entre sa fidélité à de Gaulle et son choix de collaborer à la IVe République où, de 1951 à 1954, il sera secrétaire d’État aux Affaires étrangères.

Mais les échecs du régime l’amènent à appeler de ses vœux le retour du général de Gaulle et il occupe plusieurs fonctions ministérielles sous la Ve République. Ministre d’État en 1967, chargé de la Recherche scientifique, il porte un grand dessein gaullien, la bombe à hydrogène française. Le couronnement de sa carrière sera de s’installer en 1969 au Quai d’Orsay, pour y négocier l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun.

Le Nord l’avait élu député pour la première fois en 1945 et c’est encore pour le représenter qu’il fait en 1974 son entrée au Sénat, où son nom s’impose pour la présidence de la commission des Affaires culturelles. Auteur de nombreux ouvrages, il est également élu à l’Académie française.

Sa passion pour le verbe et l’écriture constituait l’autre volet d’une existence aux multiples facettes, mais marquée par une forte cohésion : des années de formation du jeune antimunichois à sa « filiation historique » avec de Gaulle, dont il fut le « compagnon par excellence » ; de ses convictions de démocrate chrétien à ses missions ministérielles ; de son image d’Européen de la première heure à sa lecture critique du traité de Maastricht ; de sa « véritable vocation », l’écriture, à sa quête spirituelle et philosophique.

Homme de conviction, sage mais entier, il était devenu une figure tutélaire, tant sa voix venait de loin. Elle venait de la conscience d’une nation qu’il aima et servit avec passion.

 

Christiane Rimbaud
historienne
écrivain