Création du bataillon de Sapeurs Pompiers de Paris

18 septembre 1811

Détail de "Pompiers courant à un incendie"
Huile sur toile de Gustave Courbet, 1851
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Paris, Petit Palais
© Petit Palais / Roger Viollet

Juillet 1810 : Paris célèbre le mariage de l’archiduchesse Marie-Louise avec Napoléon Ier. Le bal donné par l’ambassadeur d’Autriche en l’honneur des nouveaux époux tourne à la catastrophe : la salle de bal, mince construction de bois élevée dans le jardin de la résidence, -s’embrase, faisant de nombreuses victimes. Furieux de l’inefficacité des secours, Napoléon prend des sanctions et crée par décret du 18 septembre 1811 le Bataillon de sapeurs chargé des pompes à incendie de la Ville de Paris. La capitale est ainsi dotée d’une particularité unique au monde, qui subsiste encore aujourd’hui : un corps de pompiers militaires.

En créant les sapeurs pompiers de la Ville de Paris en 1811, Napoléon sanctionne un échec : celui des gardes-pompes civils créés en 1716. Un ancien comédien, Dumouriez du Perrier avait alors obtenu du Régent la direction générale d’un service de 32 hommes.

La décision de l’empereur crée une triple ambivalence : le nouveau corps est militaire, mais il est placé sous les ordres du préfet de police ; pour former la nouvelle unité, Napoléon délègue une partie des sapeurs du Génie, chargés de la protection des palais impériaux, mais ne s’oppose pas à la réintégration d’une partie des anciens gardes-pompes civils ; enfin ce corps militaire n’est voué qu’à des missions pacifiques.

Après l’annexion des communes voisines de Paris en 1860, Napoléon III transforme le bataillon en régiment en 1866. Sa compétence est étendue à l’ensemble du département de la Seine en 1939 et le régiment est transformé en brigade en 1968 : l’actuelle brigade de sapeurs pompiers de Paris (BSPP).

Les transformations de Paris sous la IIIe République, la construction de grands immeubles, la multiplication des établissements industriels, l’arrivée du gaz, de l’électricité, du métro furent l’origine ou le lieu de grands sinistres qui frappèrent l’opinion : l’Opéra-Comique en 1887 (80 morts), la Comédie-Française en 1900, le Printemps en 1921. Citons aussi le célèbre incendie du Bazar de la Charité en 1897 (112 morts). Les moyens de transport modernes furent aussi en cause avec l’incendie de la station de métro Couronnes en 1903 (84 morts). L’effectif initial de 576 militaires va donc augmenter régulièrement jusqu’à atteindre aujourd’hui 8 700 militaires, accompagnant une croissance phénoménale des interventions : 8 000 environ par an vers 1920, 500 000 aujourd’hui. Les actions terroristes des années 80/90 furent à leur tour l’occasion de la mise au point de plans d’intervention permettant de déclencher un déploiement considérable de moyens.

Le sapeur pompier de Paris n’est plus limité à la lutte contre l’incendie comme nombre de ses collègues étrangers, mais devient le spécialiste de l’urgence et de la lutte contre les catastrophes, quelle que soit leur origine. Le secours à victime représente désormais une part majoritaire des interventions.

Les sapeurs pompiers de Paris sont immergés dans la vie des Parisiens. Leurs casernes forment un maillage serré à travers les quartiers de Paris et de la banlieue dont ils parcourent sans cesse les rues, précédés d’un son entêtant mais familier. Ils sont populaires et admirés.

Une geste héroïque accompagne cette réputation, illustrant la devise du corps « Sauver ou Périr ».

De tradition assez récente, les bals du 14 juillet sont évidemment le symbole de cette proximité avec la population.

 

Didier Sapaut
historien
ancien directeur de la chaîne « Histoire »