Abbé Charles-Michel de L'Épée

Versailles, 24 novembre 1712 - Paris, 23 décembre 1789

L’abbé Charles-Michel de L’Épée naquit à Versailles, où son père tenait une charge d’architecte du Roi, le 24 novembre 1712.

Après des études de théologie et de droit, il mena une existence de polémiste janséniste, assez obscure il faut bien le reconnaître, participant même aux controverses sur les convulsionnaires du cimetière Saint-Médard.

En 1760, Charles-Michel (il changea son nom de famille, « Lespée », en « de L’Épée » vers vingt ans) se rendit dans une maison dans laquelle habitaient des jumelles. Apprenant qu’elles étaient sourdes et que le Père Vanin, leur précepteur, venait de mourir, il se proposa de les recevoir, chez lui, pour les instruire, « faire leur salut » et leur donner l’« intelligence des mots » ; en fait, poursuivre l’enseignement des « vérités de la Foi », commencé par le Père Vanin.

Comme elles étaient sourdes, elles s’entretenaient, sans aucun doute, par signes. Elles devaient, également, communiquer gestuellement avec leur mère, comme cela est coutumier entre mère et filles sourdes. L’Épée jugea donc raisonnable d’utiliser leurs signes, à condition néanmoins de les changer un peu, de les rendre acceptables, « civilisés » en quelque sorte. Ainsi, mit-il au point tout un système de traduction de la grammaire française et du catéchisme en langage des signes gestuels : les « signes méthodiques ». Méthodiques car assujettis à une méthode, celle de Descartes, bien entendu, qu’on lui avait enseignée lors de ses études au collège des Quatre-Nations, alors qu’il avait seize ans.

Les ouvrages, Grammaire abrégée à l’usage des jeunes filles de Restaut ou Catéchisme de Fleury, sur lesquels il s’appuyait pour son sacerdoce, étaient construits sur le modèle question-réponse ; il suffisait, dès lors, de faire correspondre à chaque mot, à chaque idée par conséquent, un signe. Non seulement à chaque mot, mais aussi à chaque élément de la grammaire : article, genre, nombre, temps... Ainsi, pour l’élément article LE : « Nous faisons observer au sourd et muet les jointures de nos doigts, de nos mains, du poignet, du coude, etc., et nous les appelons articles ou jointures. Nous écrivons ensuite sur la table, que le, la, les, de, du, des, joignent les mots, comme nos articles joignent nos os (les grammairiens nous pardonneront, si cette définition ne s’accorde pas avec la leur) ; dès lors, le mouvement de l’index droit, qui s’étend et se replie plusieurs fois en forme de crochet, devient le signe raisonné, que nous donnons à tout article. »

L’abbé menait ses leçons à l’aide de la parole (il faisait parler ses élèves les moins sourds), de l’écriture (il utilisait une table ou « bureau typographique », sorte de casse d’imprimerie simplifiée) et des « signes méthodiques » (les sourds communiquant entre eux par le moyen de leurs propres signes).

Notons le souci de L’Épée de former dès les années 1770 des disciples, sourds ou non, susceptibles de le remplacer et de parachever son œuvre. En fait, le seul qui remplit cette tâche d’enseigner à d’autres de ses semblables non-entendants, fut Saboureux de Fontenay et il n’était point de ses élèves, mais celui de Jacob-Rodrigue Péreire.

Il fut remplacé le 1er avril 1790 par l’abbé Sicard, nommé par la commune de Paris à la suite d’intrigues, et on peut penser que L’Épée aurait préféré l’abbé Salvan, qu’il avait spécialement formé pour lui succéder.

On a assimilé l’abbé de L’Épée à Vincent de Paul : cela est juste, car sa maison de la rue des Moulins pouvait s’apparenter à un asile des pauvres. Il disait n’accepter les riches « que par tolérance » ; il se trouva vite débordé. Sa demeure et les pensions qu’il payait de ses deniers étaient devenues une providence pour les sourds miséreux. Ils étaient sûrs de trouver porte ouverte, devenaient de plus en plus nombreux (environ quatre-vingt vers 1785) et coûtaient donc de plus en plus cher ; ce dont se plaignait l’abbé : « ils fondent sur moi ».

On lui doit le projet d’un enseignement rationnel en langue des signes : le mieux aurait été un système créé à la fois par les sourds et leurs enseignants. Mais cela était et reste sans doute impossible. Le respect (relatif) des signes des sourds s’appuyait sur l’idée de plus en plus fréquente au siècle des Lumières que les sourds n’étaient plus assimilables à des animaux ou des sauvages ignorant les règles civilisées, mais qu’on pouvait les instruire d’une manière exemplaire. On peut trouver cette pensée chez Diderot, par exemple, qui néanmoins les trouvaient semblables à des « demi-automates » à l’instar de Saboureux de Fontenay parce que ce dernier avait des difficultés à bien articuler les mots de la langue française que lui avait enseignés Péreire, ou bien encore chez Condillac qui écrivait dans sa Grammaire que les signes en usage dans la maison de la rue des Moulins pouvaient être utilisés avec profit pour apprendre le français aux petits enfants.

On lui doit aussi la tentative maladroite de vouloir faire des signes gestuels une langue universelle, transcendant la diversité des peuples : un espéranto gestuel en quelque sorte. Il était convaincu de l’universalité des signes, comme Rivarol l’était de l’universalité de la langue française : c’était dans l’air du temps.

Enfin, il mit en place une structure éducative (leçons de catéchisme et de français chez lui et hébergement des élèves nécessiteux dans des pensions environnantes) qui, nous le pensons, annonçait l’internat spécialisé à venir.

À sa mort, en décembre 1789, les pouvoirs publics se poseront la question de savoir que faire des élèves, orphelins de leur père spirituel. La solution adoptée sera que l’État interviendra, progressivement, en faveur des sourds, puis des aveugles, enclenchant par là-même ce qui deviendra, au fil du temps, l’État-providence.

 

Jean-René Presneau
historien de l’éducation spécialisée


Programme des manifestations

Edition - Numismatique - Philatélie

Jean Le Sourd
BD de l'époque de l'Abbé de l'Epée
Une BD, en couleurs de Dano, Yann Cantin et Céline Rames
Cette BD, à tirage limité, sur l’Histoire des Sourds à l’époque de l’abbé de l’Épée est en cours de réalisation. Soutenue par l’association Art’Sign, elle sera publiée et diffusée en septembre 2012
Éditions Monica Companys, septembre 2012, 84 p.

 

Une médaille commémorative des 300 ans de l’Abbé de l’Épée est en cours de création par l’artiste Renée Mayot

Manifestations

France
Champagne-Ardenne

Samedi 10 novembre 2012 et dimanche 11 novembre 2012
Pour le 300ème anniversaire de l’Abbé de l’Épée, exposition, visites, conférences spectacle visuel, deaf party,
Programme détaillé
Exposition Art et Talents Sourds
L'association CinéSourds organise pour la deuxième fois, l'exposition Art et Talents Sourds à Reims
Cette année, l'association des Sourds de Reims et de Champagne-Ardenne, la plus vieille association des Sourds en France organise un grand événement en l'honneur du 300ème anniversaire de naissance de l'Abbé de l'Epée, CinéSourds a fait le choix de se joindre à cette association pour organiser :
- L'exposition Art et Talents Sourds
- La Deaf Party
Lieu : Foyer des sourds de Reims et de Champagne-Ardenne (ASRCA), 144 rue des Capucins - 51100 Reims
Inscription auprès du contact pour cet événement. Association Ciné Sourd : asrca@numericable.fr

Ile-de-France

Samedi 29 septembre 2012
JMS - Journée Mondiale des Sourds
Lieu : 75000 Paris
courriel : info300ans@fnsf.org

 

du 7 novembre au 3 décembre 2012 - 12h à 22h
Exposition : « A pleine main ! Langue des signes et culture sourde »
Expositions sur et pour les sourds, ateliers de langue des signes, bibliothèque éphémère, débats, projections ou heures du conte bilingues seront proposés gratuitement à tous les publics pour entrer dans le monde des sourds
entrée libre
Lieu : Centre Pompidou, entrée par la Bpi, rue Beaubourg – 75004 Paris

 

du mercredi 21 au vendredi 23 novembre 2012 – 9h
Conférence internationale
Une des trois journées sera consacrée à l’éducation des enfants sourds en France et en Europe en partenariat avec l’INS HEA
Programme détaillé
Lieu : Faculté de Nanterre (Amphi B)  - 92000 Nanterre
Inscription auprès du contact pour cet événement. FNSF : info300ans@fnsf.org

 

Samedi 24 novembre 2012 - 20h00
Grand banquet FNSF, grande soirée de fête dans un lieu magique et unique
Lieu : Musée des Arts Forains, 53 Avenue des Terroirs de France - Paris 75012
Inscription auprès du contact pour cet événement. FNSF : info300ans@fnsf.org

Midi-Pyrénées

les 1er juin, 2 juin et 3 juin 2012
Festival Sign’ô 2012 : « Rencontre des arts en langue des signes »
Programme
Lieu : Centre culturel des Mazades - 31000 Toulouse

Médias-Com - Filmographie - Archives et documentation

. Sites Internet :

Site consacré au Tricentenaire de la naissance de l'Abbé de l'Épée
courriel : info300ans@fnsf.org


WebSourd

Institutions culturelles

L'Institut National de Jeunes Sourds de Paris (INJS)
254 rue Saint-Jacques - 75005 Paris
tél. : 01 53 73 14 00 ; courriel : cribout@injs-paris.fr

Associations

Fédération Nationale des Sourds de France (FNSF)
41 rue Joseph Python - 75020 Paris
tél. : 01 40 30 18 36 ; fax : 01 40 30 18 21
courriel : contact@fnsf.org

 

Les Amis de l'abbé de l'Épée
254 rue Saint Jacques - 75005 Paris
courriel : abbedelepee@hotmail.fr

 

Mouvement Des Sourds de France
18 Avenue Gabriel Péri - 93400 St-Ouen
fax : 0140125797 ; courriel : mdsf-lsf@wanadoo.fr

 

Association CinéSourds
36 rue Ponsardin - 51100 Reims
tél. : 03 26 85 06 17 ; courriel : contact@cinesourds.fr

 

Association des Sourds de Reims et de Champagne-Ardenne (ASRCA)
144 rue des Capucins - 51100 Reims
tél. : 03 26 82 03 66