History pages : La constitution antonine, ou édit de Caracalla 212

Constitution Antoniniana
Allemagne, Giessen, Universitätsbibliothek, P.Giss. inv. 15 Ce papyrus à deux colonnes contient trois édits de Caracalla, datant de 212 et de 215, en langue grecque. La loi dite « constitution antonine », dont il ne reste qu’un fragment, figure sur ce papyrus qui remonte approximativement à l’an 215
© Université de Giessen
 

L’empereur Caracalla (188-217), empereur de 211 à 217
Sculpture, marbre - Paris, musée du Louvre
© RMN / Hervé Lewandowski

En 212 après J.-C., l’empereur Caracalla promulgua une loi qui octroyait la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’empire. Appelée « constitution antonine » parce que le souverain prétendait se rattacher à la dynastie antonine, elle était imparfaitement connue par plusieurs auteurs, le juriste Ulpien (Digeste, I, 5, 17), l’historien Dion Cassius (LXVII, 9) et saint Augustin (Cité de Dieu, V, 17). Mais c’est un papyrus qui en a livré le texte complet : « Je donne la citoyenneté romaine à tous les pérégrins du monde habité, toutes les formes d’organisation municipale étant maintenues, exception faite pour les déditices » (Papyrus Giessen, 40 (1)).

Il n’est pas sûr que Caracalla lui-même soit à l’origine de cette décision, car il ne semble pas avoir été très porté sur les spéculations intellectuelles. Elle lui a sans doute été soufflée par l’un ou l’autre des juristes qui l’entouraient, et l’époque des Sévères (193-235), qui a vu l’apogée du droit romain, n’en a pas manqué, avec des savants comme Papinien, Ulpien, Paul et Modestin.

Sous le Principat, la citoyenneté romaine accordait de moins en moins d’avantages concrets, mais elle garda toujours un grand prestige. Si le citoyen romain ne participait plus à la vie politique, il conservait des droits civils garantis par l’État, le conubium (mariage permettant de transmettre le statut paternel aux fils), le commercium (propriété), le testamentum (testament) et les tria nomina (désignation traditionnelle par trois noms, par exemple Caius Iulius Caesar). Sur le plan fiscal, il était dispensé de payer le tribut, impôt recognitif de la défaite qu’auraient subie ses ancêtres. En justice, il ne devait pas être condamné à une peine infâmante comme la croix, et il pouvait faire appel à César.

En échange de ces droits, le citoyen romain avait des devoirs. Il devait se conduire comme un Romain : porter la toge, parler latin, être propre (aller aux thermes), aimer Rome et l’empereur… S’il était choisi par le conseil de révision, il entrait dans une légion pour vingt-cinq ans.

La citoyenneté romaine pouvait être acquise par le sol, par le sang, ou octroyée : il suffisait de naître n’importe où d’un père citoyen romain ou d’un homme libre sur le sol d’une colonie ; on pouvait aussi l’obtenir de la générosité d’un empereur. Mais si elle se gagnait, la citoyenneté romaine se perdait : c’était le châtiment subi par un homme condamné en justice ou par un soldat qui s’était rendu à l’ennemi.

De même, le statut de peregrinus, « étranger », est connu. Juridiquement, il s’applique à un homme libre qui ne possède que la citoyenneté de sa patrie et pas celle de Rome ; descendant de vaincus, il est toléré à l’intérieur de l’empire comme un étranger grâce à la générosité de Rome.

Quant aux déditices, ils étaient probablement les descendants de peuples qui avaient été vaincus par les armes et qui n’avaient pas bénéficié de la générosité des vainqueurs.

Jadis, les historiens se sont extasiés devant la générosité de Caracalla. En réalité, on considère de nos jours, et à juste titre, que cet empereur n’a fait qu’achever un processus depuis longtemps en marche, et que les bénéficiaires ont dû en être peu nombreux. Il symbolise avant tout une politique qui fit de l’empire romain un mythe qui a parcouru les siècles.

 

Yann Le Bohec
professeur à l’université Paris IV-Sorbonne

 

1. Conservé à Giessen, en Allemagne, au nord de Francfort-sur-le-Main.

Source: Commemorations Collection 2012

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