Charles Pathé

Chevry-Cossigny (Seine-et-Marne), 26 décembre 1863 Monte-Carlo (principauté de Monaco), 25 décembre 1957

Charles Pathé mérite tout particulièrement de faire l’objet d’une commémoration nationale pour l’illustration exceptionnelle qu’il a donnée à la France, la façon dont il a mis en avant son pays et l’écho particulier que sa figure revêt aujourd’hui, 150 ans après sa naissance.

 

Charles Pathé a eu un rôle majeur, en quelques années de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, pour transformer le cinéma d’une attraction foraine en une industrie mondiale et un art universel. Ayant eu l’intuition sur un champ de foire en 1894 du potentiel commercial de la projection des images animées, il fonde avec son frère, en septembre 1896, la société Pathé Frères, qu’il va animer pendant 35 ans, jusqu’en 1929. Elle va industrialiser la fabrication des phonographes, de la pellicule et des projecteurs, mettre en œuvre une politique de production massive d’œuvres cinématographiques, étendre leur diffusion en imaginant de louer les films au lieu de les vendre et en rémunérant producteurs et exploitants au pourcentage, créer les actualités filmées, étendre la clientèle du phonographe et du cinéma amateur par des techniques de commercialisation nouvelles et des appareils adaptés (Pathé Baby).

 

Dans les deux premières décennies du XXe siècle, Pathé est une multinationale installée de Tokyo à Saint-Pétersbourg et de Johannesburg à New York, dont ses archives, encore conservées par la Fondation Jérôme Seydoux - Pathé, attestent du caractère « global » avant l’heure. Avant la Première Guerre mondiale, 70 % des films produits dans le monde entier sont produits par Pathé, qui tient la première place partout dans le monde, notamment aux États-Unis.

 

Industriel de premier plan et promoteur majeur du cinéma, Charles Pathé, né en 1863 dans une famille d’origine alsacienne, a mis en avant son pays et souhaité, d’une certaine manière, mettre la France en première ligne à travers le renom et l’image acquise par son entreprise : c’est en effet le coq gaulois qu’il lui a donné pour emblème à une époque, en 1897, où il revêtait clairement pour tous une signification d’affirmation nationale.

 

Sa vie et sa personnalité sont atypiques, et présentent des traits qui parlent à nos contemporains : jeune, il émigre en Argentine, où il mène un temps une vie d’aventurier avant de revenir en France, bredouille. Il est le seul auteur de sa fortune, né de parents charcutiers et ayant, petit enfant, ficelé tôt le matin et tard le soir après l’école les saucissons que vendaient ses parents, comme il le racontera plus tard dans ses Mémoires. Fier de son pays, il n’en est pas moins lucide : dès la fin de la Première Guerre  mondiale,  bien  avant  l’avènement  du  cinéma  parlant, il pronostique la domination du cinéma par les Américains et en tire sans attendre les conséquences dans son entreprise.

 

Alors que la France compte tant d’hommes de lettres, d’intellectuels, de scientifiques, Charles Pathé présente l’exemple singulier d’un Français qui a lancé le cinéma moderne, entrepreneur visionnaire, commerçant de génie, inventif et ouvert sur le monde. Il est bien de notre temps.

 

Jérôme Seydoux société Pathé