Clôture du concile de Trente

4 décembre 1563

Le 4 décembre 1563 se terminait à Trente un des conciles les plus longs et les plus controversés de l'histoire de l'Église catholique. Réclamé par Luther dès 1518 pour juger du différend qui l'opposait de plus en plus irrémédiablement à Rome, le concile ne s'ouvre qu'en 1545 et s'interrompt plusieurs fois. Les enjeux politiques entre pape, empereur, roi de France, les conflits proprement ecclésiastiques entre différents projets de réforme de l'Église, l'opposition de plus en plus tranchée entre des confessions religieuses qui se forment dans ces années expliquent cette histoire très heurtée.

 

Le concile de Trente ne fut pas l'instrument d'une réconciliation de la  chrétienté  dont  certains  rêvaient.  Lors  de  sa  première  période (1545-1547), l'assemblée conciliaire, malgré sa faible fréquentation, élabora une réponse dogmatique précise aux thèses protestantes, notamment sur la question de la justification. En 1551-1552, la présence de représentants protestants ne donna lieu à aucun réel dialogue. En 1562-1563, les projets de compromis autour de concessions comme le mariage des prêtres, la communion sous les deux espèces ou la liturgie en langue vernaculaire ne furent pas véritablement examinés. La cérémonie de clôture se termine par un : « Anathème à tous les hérétiques ! ». De Trente sort un catholicisme réaffirmé par une assemblée formée dans son écrasante majorité de prélats italiens et espagnols, même si la France joua un rôle plus important dans la troisième période.

 

Le concile devait aussi réformer les « abus ecclésiastiques », accusés d'avoir causé la crise religieuse. Il le fit avec une grande prudence, car la curie romaine comme les princes catholiques ne voulaient en aucun cas une remise en cause radicale des structures ecclésiastiques. Mais il donna une orientation pastorale claire, insista sur le rétablissement de l'autorité de l'évêque dans son diocèse et promut une nouvelle conception du clerc, modèle moral pour les fidèles.

 

Le concile de Trente devint la charte de la Réforme catholique, même si les réticences et les oppositions perdurèrent, notamment en France où les milieux gallicans furent heurtés par ce concile qui semblait consacrer les prétentions romaines. L'application des décisions conciliaires par l'archevêque de Milan Charles Borromée donna un modèle précis de la nouvelle pastorale. Avec Trente apparaît une nouvelle civilisation catholique qui marque l'Europe et le monde – même si la mission hors d'Europe fut absente des débats conciliaires – pendant plusieurs siècles.

 

Alain Tallon
professeur d’histoire moderne
à l’université Paris-Sorbonne