Paul Painlevé

Paris, 5 décembre 1863 - Paris, 30 octobre 1933

Fils d’un ouvrier de l’imprimerie devenu petit entrepreneur, Paul Painlevé fut reçu au concours de l’École normale supérieure. Licencié en physique et en mathématiques, bientôt agrégé et docteur dans cette seconde discipline, professeur à la Sorbonne et à l’École Polytechnique, élu en 1900 à l’Académie des sciences, le brillant scientifique se fit connaître du grand public lorsqu’il défendit Alfred Dreyfus puis soutint l’aviation naissante.

 

Fine plume et talentueux orateur, il devint député de Paris en 1910. La constance marquait sa carrière politique. Pendant vingt-trois ans, il siégea à la Chambre. Républicain socialiste enraciné au centre-gauche, il était l’allié des radicaux. Il s’imposa comme spécialiste des questions de défense, au sein des commissions parlementaires puis comme ministre de la Guerre ou de l’Air. Les responsabilités qui lui étaient confiées – ministre à quatorze reprises, par trois fois président du Conseil, également président de la Chambre – firent de lui un personnage consulaire de la République.

 

En 1914, à la tête de la commission supérieure des inventions, puis en 1915 comme ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Inventions intéressant la défense nationale, Painlevé mobilisa savants et ingénieurs chargés d’inventer la guerre moderne. Choisi pour être ministre de la Guerre en 1917, il ne put empêcher l’offensive conçue par Nivelle. Son échec lui permit de nommer Pétain commandant en chef. Après lui avoir donné les moyens de réprimer les mutineries, il soutint sa « politique de guérison » destinée à faire tenir l’armée jusqu’à la reprise des grandes offensives programmées pour 1918. L’année du tournant de la guerre, Painlevé organisa par ailleurs le déploiement de l’armée américaine, obtint l’entrée en guerre de la Grèce, engagea la France aux côtés de l’Italie tandis qu’il fit instituer le Conseil supérieur de guerre interallié où Foch représentait la France.

 

Dans l’immédiat après-guerre, à la tête de la Ligue de la République, il s’opposa à la politique du Bloc national et appela les gauches à s’unir. Aux côtés d’Édouard Herriot et de Léon Blum, il fut un chef du Cartel. En 1925, ses gouvernements vécurent à l’heure des crises coloniales (Rif, Syrie et Liban) qu’il fit réprimer, mais aussi du rapprochement avec l’Allemagne (accords de Locarno, entrée à la SDN). À la fin des années vingt, Painlevé fit aboutir les grandes réformes de l’armée française (service d’un an, ligne Maginot) et impulsa l’autonomisation de l’armée de l’air. À l’hiver de sa vie, il dénonça avec acuité la montée du nazisme.

 

Lorsque les parlementaires votèrent funérailles nationales et inhumation au Panthéon, ils saluèrent un parcours original. De fait, l’ombre portée du savant n’avait cessé de planer sur la carrière de l’homme politique. Son statut de « grand savant », que la presse avait été prompte à valoriser, avait été un atout face aux électeurs. En outre, Painlevé avait toujours revendiqué appliquer en politique la « méthode scientifique ». Il n’avait enfin cessé de défendre ce qu’il considérait comme les intérêts de la science.

 

Anne-Laure Anizan
centre d’histoire de Sciences Po


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