Jean-Baptiste Pigalle

Paris, 26 janvier 1714 - Paris, 22 août 1785
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Né à Paris d’un père menuisier, Pigalle apprend les rudiments de son métier auprès de son voisin, Robert Le Lorrain, puis d’un élève de celui-ci, Jean-Baptiste II Lemoyne. Après un échec au Grand prix de sculpture à l’Académie, en 1735, il va en Italie à ses frais et peut travailler à l’Académie de France à Rome grâce à une permission du duc d’Antin. De retour à Paris en 1741, il est agréé à l’Académie royale sur présentation d’un Mercure attachant ses talonnières qu’il exécute en marbre pour sa réception en 1744 (Louvre). Dès 1742, le sculpteur reçoit du directeur des Bâtiments du Roi, Philibert Orry, la commande d’un Mercure monumental et d’une Vénus, dont les modèles en plâtre sont montrés au Salon de 1742 avec les titres suivants : Vénus qui ordonne un message à Mercure et Mercure qui se dispose à faire le message qui lui est ordonné. Les statues en marbre sont achevées en 1748 : envoyées comme cadeau diplomatique au roi de Prusse Frédéric II, elles ornèrent longtemps les jardins du château de Sanssouci (aujourd’hui à Berlin, musée Bode). Le Mercure est unanimement admiré par les contemporains. Chardin peint un élève apprenant le dessin d’après la statuette (la composition est gravée), montrant ainsi que la sculpture moderne est digne d’être copiée comme un modèle antique.

 

Au Salon de 1750, Pigalle expose L’Enfant à la cage (marbre, Louvre). Ce portrait présumé du fils unique du financier Pâris de Montmartel, parrain de Mme de Pompadour, représenté à l’âge d’un an, est une représentation non idéalisée, privilégiant la description anatomique au détriment d’une image gracieuse de l’enfance.

 

En 1748 Pigalle reçoit la commande – aux frais des Bâtiments du Roi – d’un buste de Mme de Pompadour (marbre, 1751, New York, Metropolitan Museum of Art). Il s’inspire directement des traits de son visage dans la statue de Madame de Pompadour en Amitié (marbre, 1753, Louvre), prévue pour orner le parc de son château de Bellevue. La marquise était attachée au thème de l’Amitié, à un moment où ses rapports avec le roi évoluaient. À cet égard, le groupe de L’Amour embrassant l’Amitié (marbre, Louvre), commandé en 1754 pour le parc de Bellevue et achevé en 1758, est révélateur de son état d’esprit et du message qu’elle entendait transmettre : l’Amour désarmé, laissant à terre son arc et son carquois, embrasse sans arrière-pensées l’Amitié, présence fidèle et toujours accueillante. Pigalle va ensuite concevoir pour la place Royale de Reims une statue pédestre de Louis XV (détruite) dominant deux figures, le Citoyen heureux et l’Allégorie du Doux Gouvernement (bronze, in situ, monument inauguré en 1765). Ce monument a l’ambition d’être fidèle aux principes des Lumières mettant en valeur le rôle bienfaisant du souverain.

 

Mis en place en 1776 dans le temple Saint-Thomas à Strasbourg, le mausolée du maréchal de Saxe est commandé à Pigalle plus de vingt ans auparavant, en 1753, par le roi qui honorait ainsi un des plus fidèles soutiens de son règne. Le monument, riche en figures allégoriques et diffusé par l’estampe avant même d’être terminé, montre le maréchal descendant fièrement vers son tombeau, alors que la France éplorée tente de le retenir.

 

Le 17 avril 1770, un dîner réunit chez Mme Necker un groupe d’hommes de lettres célèbres, parmi lesquels Diderot et d’Alembert. Pigalle, prévenu à l’avance, leur soumet une esquisse en terre cuite représentant Voltaire nu (musée des beaux-arts d’Orléans). Une souscription publique est lancée pour en financer l’exécution en marbre. La statue, terminée en 1776, déposée au Louvre par l’Institut de France, est longtemps incomprise. Voltaire est nu comme un antique, mais son corps n’est pas idéalisé, c’est un corps décharné de vieillard. En revanche, Pigalle s’est attaché à sculpter un visage presque extatique, celui d’un homme luttant pour le progrès de l’humanité et rempli d’espérance.

 

 « Le portrait est si difficile, que Pigalle m’a dit n’en avoir jamais fait sans être tenté d’y renoncer », témoigne Diderot. Cette réticence du sculpteur explique qu’il ne représente pratiquement que des proches, des hommes ancrés dans la vie active et représentatifs d’une société bourgeoise plus proche de Greuze que de Quentin de La Tour. Son chef-d’œuvre dans ce genre, le buste de Diderot en bronze (qui accompagne au Louvre son bouleversant Autoportrait en terre cuite) nous dépeint l’ami – le sculpteur fut le parrain de la petite-fille de l’écrivain – au soir de sa vie, les traits fatigués, le regard las.

 

Pigalle fut très admiré de son vivant. Ayant relativement peu produit, le sculpteur avait une haute exigence de son art. « Il semblait s’être fait une loi rigoureuse de n’imiter que la vérité, telle non seulement que les yeux peuvent la voir, mais telle que les mains pourraient la toucher » (Joubert).

 

Guilhem Scherf
conservateur en chef au département
des sculptures
Paris, musée du Louvre

 

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