Charles Le Brun, nommé premier peintre du roi

1er juillet 1664

Le 1er juillet 1664, Charles Le Brun recevait un brevet par lequel Louis XIV le retenait « en l’état et charge de son premier peintre ». Le texte indique que la nomination a été proposée par Jean-Baptiste Colbert, surintendant et ordonnateur général des Bâtiments, Arts et Manufactures de France. Il fait valoir « l’avantage qui en reviendra à Sa Majesté lorsque tous ses ouvrages de peinture seront examinés et dirigés par le dit sieur Le Brun ». C’est donc comme premier peintre du roi que Le Brun a conduit les grands chantiers de décoration du règne personnel de Louis XIV : la galerie d’Apollon au palais du Louvre, les appartements des Tuileries, de Saint-Germain-en-Laye et enfin de Versailles, de l’appartement des Bains à la galerie des Glaces, en passant par l’escalier des Ambassadeurs et les grands appartements du roi et de la reine. D’un chantier à l’autre, les modalités de cette direction pouvaient varier, les peintres et sculpteurs travaillant ici d’après des modèles de Le Brun, là suivant leurs propres dessins. La faveur du roi et surtout celle du surintendant formaient la condition nécessaire et suffisante de telles attributions, plus que le brevet lui-même, lequel ne fait que traduire cette faveur à un moment donné. En effet, après la mort de Colbert en 1683, la nomination du marquis de Louvois à la surintendance des Bâtiments entraîna le remplacement, à la tête des chantiers royaux, de Le Brun, toujours premier peintre du roi, par Pierre Mignard. En revanche, Mignard dut attendre le décès de Le Brun en 1690 pour porter le titre tant convoité.

Si Le Brun a obtenu ce brevet le 1er juillet 1664 (avant même le décès de Nicolas Poussin, bénéficiaire d’un même acte en 1641), il est patent qu’il s’honorait du titre de premier peintre depuis quelques années. On le voit ainsi qualifié, à partir de 1658, sur des registres paroissiaux, dans des contrats de mariage, dans une dédicace de livre et dans des marchés d’ouvrage, dont celui passé avec le prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris pour la construction d’un arc de triomphe éphémère, place Dauphine, pour l’entrée solennelle du roi et de la reine à Paris le 26 août 1660. Et pourtant, à la fin de la décennie 1650, c’est Charles Errard, protégé du surintendant des Bâtiments du roi, Antoine Ratabon, qui semble remplir les fonctions de premier peintre en dirigeant les travaux du Louvre et de Fontainebleau. Ce n’est qu’à partir du début du règne personnel de Louis XIV, en 1661, que Le Brun l’emporte sur son concurrent et obtient la conduite des chantiers royaux. Un premier brevet lui avait-il été conféré ? L’acte du 1er juillet 1664 se présente – mais sous l’Ancien Régime, la formule est usuelle – comme un brevet confirmatif.

Le même jour, 1er juillet 1664, le même Le Brun obtenait également un brevet de garde général du Cabinet de tableaux et dessins du roi : responsable de la conservation et de l’augmentation des collections, il mena notamment à bien l’acquisition de tableaux et de dessins auprès d’Everhard Jabach, en 1662 et 1671, véritable noyau des collections royales, et rédigea le premier inventaire des tableaux du roi. Le 8 mars 1663, il avait été nommé directeur des manufactures royales des Gobelins, lesquelles devinrent, par lettres patentes de novembre 1667, Manufacture royale des meubles de la Couronne. Comme directeur, Le Brun devait faire les dessins de tapisseries, sculptures, mobiliers, orfèvrerie et autres, en suivre l’exécution et diriger les ouvriers. En outre, il jouait un rôle central à l’Académie royale de peinture et de sculpture : il en avait été l’un des membres fondateurs, en 1648, et y assura les fonctions de professeur, recteur, chancelier à vie en 1663, et enfin directeur en 1683. On conçoit qu’une telle accumulation de charges au service d’un monarque absolu ait fait émerger l’image d’un Le Brun « dictateur des arts », bien qu’il ait exercé ses fonctions sur un mode plus paternaliste que tyrannique, s’accommodant de théories et manières artistiques différentes des siennes.

 

Bénédicte Gady
département des Arts graphiques
musée du Louvre

 

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