Autres anniversaires signalés

Dresser chaque année la liste des Commémorations nationales oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur des personnalités et des faits majeurs, propres à éclairer la réflexion contemporaine. Mais d’autres anniversaires, dont le retentissement est peut-être moindre, ont aussi pour certains d’entre nous une valeur affective, pour tous un contenu éducatif. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture et de notre patrimoine.

Institutions et vie politique

René Nicolas Charles Augustin de Maupeou
(texte de Damien Vaisse, conservateur du patrimoine aux Archives départementales de l’Hérault)
Montpellier, 25 février 1714
Thuit (Eure), 29 juillet 1792

Né à Montpellier le 25 février 1714, René Nicolas de Maupeou succéda à son père en 1768 comme chancelier de France et garde des Sceaux. En 1770, après la disgrâce de Choiseul, principal ministre de Louis XV, Maupeou renforça sa position, formant un véritable triumvirat avec l’abbé Terray aux Finances et le duc d’Aiguillon aux Affaires étrangères.
Voulant mettre fin à l’opposition parlemen-taire, il engagea une spectaculaire réforme judiciaire. Le 7 décembre 1770, le roi fit enregistrer en lit de justice un édit de discipline. Les parlementaires parisiens qui ne voulurent pas se soumettre furent arrêtés et exilés en 1771. Le ressort du parlement de Paris fut partagé en six ; la vénalité des offices était abolie, les épices (« honoraires » versés aux juges par les plaideurs) interdites, malgré l’opposition de l’ancienne magistrature et de la noblesse. La réforme fut anéantie par Louis XVI à son avènement en 1774. Il retira les Sceaux à Maupeou et rétablit les parlements dans leur état antérieur. On prête ce mot au chancelier : « J’avais fait gagner au roi un procès qui durait depuis trois siècles. S’il veut le perdre encore, il est bien le maître. » Retiré de la vie politique, il mourut au Thuit (Eure) le 29 juillet 1792.

 

Alexandre Gonsse de Rougeville
(texte de Jacques Perot, président de l’association française pour la protection des archives privées, membre du Conseil supérieur des archives, membre du Haut comité des Commémorations nationales)
Arras, 17 septembre 1761
Reims, 10 mars 1814

Issu d’une opulente famille terrienne Alexandre-Dominique-Joseph Gonsse (et non Gonzze), naît à Arras le 17 septembre 1761. Son père s’était enrichi en devenant fermier des droits sur les bières, vins et eaux de vie d’Artois, ce qui lui permit d’acheter terres et fiefs, dont celui de Rougeville, nom porté par son fils, et de construire un château au goût du jour.
Les Gonsse restaient bourgeois, mais copiaient la noblesse. Officier, François, l’aîné, aurait participé à la guerre d’Indépendance américaine, titre de gloire que s’attribua Alexandre, garde du corps de Monsieur, peut-être chevalier de Saint-Louis, lorsqu’il se fabriqua des états de service.
Vient la Révolution et Rougeville s’associe aux défenseurs de la monarchie. Son rôle protecteur de la Reine aux Tuileries est attesté lors de la journée du 20 juin 1792. « Il resta près de moi dans la chambre où je me tenais, tout le temps que j’y demeurai moi-même », déclara-t-elle lors de son interrogatoire de 1793. Rougeville est de presque toutes les conspirations, mais la Conjuration de l’œillet témoigne de son habileté et de sa témérité. Ne réussit-il pas à pénétrer dans la cellule de la Reine à la Conciergerie ? À la barbe de tous, il jette derrière le poêle, un œillet contenant un billet pour Marie-Antoinette, lui proposant de l’argent pour acheter ses gardes. Fasciné, Alexandre Dumas s’en inspira pour son Chevalier de Maison-Rouge.
Le complot découvert, Rougeville se cache dans les carrières de Montmartre et nargue la police. Réfugié à Bruxelles, il est emprisonné et s’évade. Surveillé tout au long de l’Empire il est assigné à résidence à Reims. Pendant la campagne de France, il écrit à l’État-major russe. Mais l’armée française reprend Reims et saisit une lettre compromettante au prince Wolkonsky. Arrêté le 10 mars 1814, Rougeville est jugé et fusillé le soir même.

 

Légalisation du droit de grève (loi Émile Ollivier)
(texte de Charles-Louis Foulon, docteur en études politiques et en histoire)
25 mai 1864

Sous l’Ancien Régime, des grévistes furent condamnés aux galères. L’avènement de la République ne fit pas cesser la proscription puisqu’en juin 1791, la loi Le Chapelier interdit les grèves comme toutes les coalitions ouvrières.
Six ans avant de former le dernier ministère du Second Empire, Émile Ollivier incarne son évolution libérale en rapportant la loi qui met fin à l’application de la loi Le Chapelier et aux dispositions des articles 414 à 416 du Code Pénal organisant la répression des grèves. Commissaire de la Deuxième République pour les Bouches-du-Rhône et le Var en 1848, préfet devenu avocat puis l’un des cinq députés républicains élus à Paris en 1857, Ollivier fait voter un texte qui limite la punition des grèves aux seuls cas de violences, de menaces ou d’atteintes à la liberté du travail.
À partir de 1884, des syndicalistes feront de la grève un instrument revendicatif puissant et certains verront dans l’idée de grèves générales un moyen révolutionnaire. Le 27 octobre 1946, le préambule de la Constitution a fait de la grève un droit constitutionnel qui s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. Il est reconnu depuis décembre 2000 dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Littérature et sciences humaines

Henri de Régnier
(texte de Bertrand Vibert, université Grenoble-Alpes)
Honfleur (Calvados), 28 décembre 1864 – Paris, 23 mai 1936

Le poète et académicien Henri de Régnier, homme au monocle et aux moustaches à la gauloise, personnage considérable en son temps dans le monde des lettres, fait l’objet depuis quelques années d’un fort regain d’intérêt.
Disciple élu de Mallarmé, Régnier a d’abord fréquenté les maîtres parnassiens et symbolistes : Leconte de Lisle, Verlaine ou Heredia dont il fut le gendre. À son tour, il fut célébré par la jeunesse symboliste – dans laquelle on comptait alors Louÿs, Gide et Valéry : autant dire une avant-garde dans les années 1880-1890 dont il était considéré comme un des chefs de file. Étrange destin que celui d’un écrivain très tôt reconnu et aussitôt mort qu’oublié. Moderne à sa manière, il était hanté par le passé, qu’il fait revivre dans les mythes du paganisme antique et les costumes de l’âge classique.
Tels poèmes conservés par la tradition scolaire, comme « Un petit roseau m’a suffi », ont contribué à la réputation d’un poète délicat, mais suranné. De fait, Régnier est resté étranger au modernisme d’Apollinaire et à la révolution surréaliste. Le roseau doit-il pour autant rester inaudible ? Car l’œuvre est beaucoup plus riche et variée qu’il n’y paraît, et l’auteur de La Canne de jaspe (1897) et de La Double Maîtresse (1900) fut un temps adulé par un certain Marcel Proust. Régnier est aussi l’auteur de nombreux recueils narratifs qui comptent des chefs-d’œuvre, comme Histoires incertaines en 1919. Et dans ses seize romans, dont La Pécheresse (1920), la verve comique et l’art du portrait le disputent à une vision désenchantée du monde.
Régnier enfin est diariste, épistolier, critique, essayiste et auteur de récits de voyage (surtout à Venise). Depuis 2007, son œuvre est entrée dans le domaine public. Il s’agit à présent de la relire.

 

Publication de La Bâtarde de Violette Leduc chez Gallimard
(texte de René de Ceccatty, écrivain, auteur dramatique)
septembre 1964

« Une sincérité intrépide » : en empruntant ce slogan à la généreuse préface de Simone de Beauvoir, les éditions Gallimard offraient à Violette Leduc une dernière chance. En septembre 1964, La Bâtarde fut l’événement de la rentrée littéraire, sans remporter de prix. Ce premier tome d’une autobiographie qui devait en compter trois (La Folie en tête, paru en 1970, et La Chasse à l’amour qui ne fut publié qu’en 1973, un an après la mort de l’auteur) fut accueilli avec enthousiasme par un public qui avait pendant vingt ans ignoré l’écrivain révélé par Albert Camus en 1946. L’Asphyxie, récit d’enfance, fut le début d’une œuvre poignante, mais boudée par les lecteurs. Pas par tous : Cocteau, Genet, Jouhandeau se joignirent à Camus et au couple des Temps modernes pour la soutenir. Gallimard resta fidèle à cet écrivain secret au point de lui verser une mensualité (puisée dans les droits d’auteur de Beauvoir).
Violette Leduc publia, de 1948 à 1960, quatre autres livres : L’Affamée, Ravages (en partie censuré), La vieille fille et le mort et Trésors à prendre. En revenant sur toute sa vie, elle affirmait de façon éclatante une personnalité hors norme : sa naissance illégitime, sa bisexualité, ses premiers essais littéraires, son marché noir, son amitié amoureuse pour l’homosexuel Maurice Sachs. Elle le faisait avec lyrisme et un art unique du portrait, une authenticité inventive. Son apparence frappante (élégante et racée, elle avait un visage très laid), sa gouaille, ses mots d’esprit rendirent ses interventions médiatiques spectaculaires. Sa longue obscurité émut. Son courage suscita admiration et passion. Son franc-parler doublé d’un raffinement poétique déconcerta, mais plut. L’œuvre qui suivit confirma son statut de grand écrivain du XXe siècle.

Beaux-arts, musique et cinéma

Nicolas Bernier
(texte de Nathalie Berton-Blivet, ingénieur d’études au CNRS, institut de recherche sur le patrimoine musical en France IRPMF (CNRS/ministère de la Culture et de la Communication/BnF))
Mantes-la-Jolie (Yvelines), 28 juin 1664 – Paris, 5 septembre 1734

Nicolas Bernier reçut sa formation musicale à la maîtrise de la cathédrale de sa ville natale puis à celle de la cathédrale d’Évreux, avant d’étudier en Italie auprès d’Antonio Caldara.
Après avoir enseigné le clavecin à Paris, il occupa, à partir de 1694, différents postes de maître de musique dans des institutions de plus en plus prestigieuses. Il dirigea successivement la maîtrise de la cathédrale de Chartres, puis celles de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris et de la Sainte-Chapelle, avant d’être nommé, grâce au Régent, au poste de sous-maître de la chapelle du roi. Son œuvre conservée tient en des Principes de composition, 51 motets à petits effectifs, un cycle de leçons de ténèbres, 18 motets à grand chœur, quelques airs et enfin 40 cantates françaises, genre dont il a été, avec Morin, l’inventeur en France.
Les cantates de Bernier se caractérisent par leur théâtralité, poussée à son plus haut degré dans celles pour les Nuits de Sceaux (1715), composées pour agrémenter les célèbres soirées de la duchesse du Maine. Ses motets à petits effectifs n’imposent pas leur écriture brillante, fortement teintée d’italianisme. Mais c’est incontestablement dans ses motets à grands chœurs que Bernier révèle toute la science de son écriture, notamment sa maîtrise du contrepoint, remarquablement illustrée dans son Beatus vir.

 

Guillaume-Gabriel Nivers
(texte de Cécile Davy-Rigaux, chargée de recherches du CNRS, institut de recherche sur le patrimoine musical en France – CNRS/Bibliothèque nationale de France/ministère de la Culture et de la Communication)
Paris ?, vers 1632
Paris, 30 novembre 1714

La configuration de l’œuvre de Nivers attire notre attention sur le fait que, sous le règne de Louis XIV, les musiciens professionnels étaient considérés comme les premiers experts et les compositeurs naturels du chant liturgique (ou plain-chant), que l’assimilation de la réforme catholique en France permettait de réévaluer du point de vue d’une pastorale et d’une discipline ecclésiastique renforcées.
Son début de carrière en tant que tout jeune organiste de la paroisse Saint-Sulpice est éclairé par deux des figures exemplaires de ce mouvement de réforme, le curé Jean-Jacques Olier et Catherine de Bar, fondatrice du monastère des bénédictines du Saint-Sacrement. Ceux-ci sont probablement à l’origine de la conviction profonde de Nivers selon laquelle le musicien a une part significative à tenir dans l’accompagnement de la dévotion due au culte divin et que toute musique doit émaner de son chant originel, le chant grégorien. Il l’appliqua dans les domaines de l’orgue, du motet et du plain-chant, dans tous les milieux qu’il lui fut donné de rencontrer, à commencer par la Chapelle royale et la maison Saint-Louis de Saint-Cyr. Il établit pour elle son répertoire musical en partie emprunté à ses antiphonaire et graduel en plain-chant musical écrits pour les religieuses de chœur. Il est aussi l’auteur des révisions du chant des prémontrés et du chant romain, et le compositeur du chant de la liturgie néo-gallicane de Cluny.

 

Claude Michel dit Clodion
(texte de Guilhem Scherf, conservateur en chef au département des sculptures, musée du Louvre)
Nancy, 20 décembre 1738
Paris, 29 mars 1814

Claude Michel, surnommé Clodion, est né à Nancy en 1738. Il obtient à Paris en 1759 le premier prix de sculpture à l’Académie, et part en Italie en 1762. Pensionnaire à l’Académie de France à Rome, il rencontre rapidement le succès auprès de riches amateurs. Il exécute surtout des sculptures de petit format en terre cuite (plusieurs sont conservées au Louvre) illustrant une Antiquité rêvée par les poètes, évoquant la vie harmonieuse de l’Arcadie rythmée par les fêtes. Clodion revient à Paris en 1771, puis retourne brièvement en Italie (1773-1774) dans le but de chercher des marbres à Carrare pour l’autel de sainte Cécile du jubé de la cathédrale de Rouen, inauguré en 1777 (in situ).
De 1775 à 1782 commence une fructueuse collaboration avec l’architecte Brongniart. Clodion exécute deux chefs-d’œuvre : les reliefs en stuc de la cour d’honneur de l’hôtel de la princesse de Bourbon-Condé (Louvre et Metropolitan Museum of Art) et en pierre de la salle de bains de l’hôtel du baron de Besenval (Louvre). En 1779 l’artiste, qui resta simple agréé de l’Académie, sculpte sa seule commande royale, une statue de Montesquieu destinée à la Grande Galerie du Louvre (marbre, 1783, Louvre).
 Parallèlement, le sculpteur mène une carrière affranchie de toute contrainte officielle, privilégiant sa clientèle privée en exécutant de nombreuses terres cuites raffinées que se disputent aujourd’hui les musées du monde entier.
Clodion n’est pas inquiété pendant la Révolution, et dès Thermidor il tente de récupérer son ancienne clientèle en exécutant des œuvres ambitieuses. Il est employé sous le Consulat et l’Empire, expose encore au Salon, mais les temps changent. Il meurt oublié en 1814, alors que cinquante ans plus tard le revirement du goût va le hisser à une gloire incomparable qui dure jusqu’à aujourd’hui.

 

Cornélie Falcon
(texte de Michèle Friang, historienne, présidente de l’association À l’écoute d’Augusta Holmès et de Pauline Viardot)
Paris, 28 janvier 1814
Paris, 25 février 1897

Élève de Nourrit au Conservatoire, Cornélie Falcon débute à l’Opéra en 1832 dans le rôle d’Alice de Robert le Diable. Le Tout Paris musical, littéraire et mondain est là pour juger cette inconnue de dix-huit ans. Cornélie triomphe superbement de l’épreuve devant un auditoire ébloui par la splendeur de sa voix, sa sculpturale beauté et l’intelligence de son jeu dramatique.
« De voix de soprano plus limpide, plus étendue, plus admirablement belle, on en saurait imaginer. C’était un métal incomparable, un timbre comme on en avait rarement entendu, et comme il pourrait bien se faire qu’on en entendit plus rarement encore. […] Avec cela la grâce et la distinction de la personne, un front rayonnant d’intelligence. » (Castil-Blaze)
En 1833, elle crée le rôle d’Amélie dans Gustav III, incarne l’année suivante Donna Anna (Don Giovanni), Julie (La Vestale), Mathilde (Guillaume Tell), la Comtesse (Comte Orry). Désormais au sommet, elle crée en 1835 le rôle de Rachel dans La Juive, puis en 1837 celui de Valentine dans Les Huguenot. Son partenaire est Nourrit et Berlioz les juge sublimes dans le duo du quatrième acte.
Courte et fulgurante carrière qui s’achève dramatiquement. À la seconde représentation de Stradella, elle s’évanouit en scène, aphone. Après un séjour en Italie, elle tente en 1840 un retour à l’Opéra. Les applaudissements éclatent lorsqu’elle paraît. La voix pure et vibrante n’est, hélas, qu’un souvenir. En pleurs, elle quitte la scène.
« Le public de l’Opéra, convié à tant de triomphes, assista aux funérailles de son actrice favorite, se pleurant vivante elle-même. » (Jean-Baptiste Jouvin).
Cornélie vit recluse et meurt à 83 ans, mais on désigne par « timbre Falcon » une voix de soprano dramatique au grave puissant.

 

Albert Willemetz
(texte de Albert Willemetz)
Paris, 14 février 1887
Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), 7 octobre 1964

Albert Willemetz crée « l’opérette moderne » au XXe siècle, en imaginant des constructions nouvelles où souffle l’air de toutes les libertés.
Albert Willemetz est l’auteur de plus de 3 000 chansons (Mon homme, Valentine, Dans la vie faut pas s’en faire, Les palétuviers, Ramona, Est-ce que je te demande, Ah si vous connaissiez ma poule, Amusez-vous, Félicie aussi...) plus de 100 de comédies musicales (Phi-Phi, Ta Bouche, Là-Haut, Dédé, Trois jeunes filles nues, Florestan 1er, Trois Valses), plus de 100 revues (dont 7 avec Sacha Guitry), et des films.
Les plus grands musiciens illustrent ses textes : André Messager, Maurice Yvain, Arthur Honegger, Christiné, Vincent Scotto, Reynaldo Hahn, Moretti, Moises Simons, Van Parys, Szulc, Borel-Clerc, Oberfeld, Romberg, Lopez, Richepin, Lattès...
Les plus grandes vedettes ont chanté son répertoire : Maurice Chevalier, Yvonne Printemps, Mistinguett (dont le célèbre Mon Homme sera repris triomphalement par Barbra Streisand), Arletty, Joséphine Baker, Danièle Darrieux, Pauline Carton, Fernandel, Bourvil, Dranem, Henri Garat, Victor Boucher, Jean Gabin, Pierre Fresnay, Michel Simon, Barbara, Léo Ferré.
Albert Willemetz est successivement Secrétaire de Clemenceau, auteur d’immortels « lyrics » (il invente le terme en français), directeur du Théâtre des Bouffes-Parisiens pendant 30 ans, président de la SACEM (élu à la Libération en 1945), de la CISAC (élu à l’unanimité en 1956).
Albert Willemetz crée Le Comité du Cœur, fonds de secours d’utilité publique pour les artistes dans le besoin, nouvelle preuve du réalisme de l’auteur de Dans la vie faut pas s’en faire.

Economie et Société

Création de la Poste royale par Louis XI
(texte de Anne Burnel, conservateur en chef du patrimoine, directrice des archives du groupe La Poste)
1464

L’historiographie a longtemps retenu l’année 1464 pour la création de la Poste royale sur la base de l’édit de Luxies pris le 19 juin de cette année. Ce texte décrit avec précision l’organisation postale mise en place par Louis XI. Mais, depuis les années 1930, il est démontré que ce texte est un faux, publié en 1660 et sans doute rédigé pour servir les intérêts de Jérôme de Nouveau, surintendant des Postes, alors poursuivi en justice pour exaction de taxes.
Se fondant sur les sources d’archives, les historiens s’accordent aujourd’hui pour considérer que c’est à partir de 1476 que la poste d’État fut dotée de relais pour fournir des montures fraîches aux chevaucheurs du roi le long des routes qu’ils empruntaient. Ce système de relais de poste garantissait régularité et rapidité aux échanges d’information entre le roi et ses représentants. La nomination, en 1479, de Robert Paon comme contrôleur des chevaucheurs de l’Écurie du roi, renforça le dispositif.
Même si la création de cette institution est postérieure à la date qu’a retenue la mémoire collective, il n’en reste pas moins que c’est à Louis XI que l’on doit l’instauration de ce système qui répondait aux nécessités administratives, diplomatiques et militaires du temps et qui servit efficacement la politique territoriale de l’« universelle aragne ». La Poste royale fut ensuite ouverte aux correspondances des particuliers sous Henri IV, préfigurant ainsi le service public postal.

 

Fondation de la Société Générale
(texte de Sylvie Frenkiel, adjointe du délégué aux Commémorations nationales)
Paris, 4 mai 1864

Fondée à Paris en 1864 par quelques industriels et financiers pour favoriser l’essor du commerce et de l’industrie en France, la Société Générale déploie rapidement son réseau sur le territoire puis ouvre un bureau à Londres en 1871.
Réalisant bientôt toutes opérations bancaires et financières, cette banque universelle poursuit son expansion en Europe, Russie, Afrique du Nord, Inde et Chine. Vers 1920, elle est, depuis son siège « Art nouveau » du boulevard Haussmann, la première banque française par les dépôts collectés et les crédits distribués, et favorise les exportations jusqu’au repli des années 1930.
Nationalisée en 1945, elle renforce ses services bancaires (SICAV, crédit-bail) durant les Trente Glorieuses, progresse en France et à l’étranger malgré l’instabilité des années 1970-1990, s’adaptant aux nouvelles technologies, à la déréglementation, à l’internationalisation des marchés et aux nouveaux instruments financiers.
Privatisé en 1987, le groupe au logo rouge et noir consolide sa croissance externe : banque d’affaires reconnue en Europe et au-delà, notamment dans le conseil en fusions et acquisitions, elle garde le cap en dépit des crises financières récentes.
Son engagement en faveur de l’art contemporain et de la musique classique lui a valu en 2009 la médaille de Grand Mécène du ministère de la Culture et de la Communication.