Jean Bouin

Marseille, 24 décembre 1888 - Xivray (Meuse), 29 septembre 1914

À la fin du XIXe siècle, les nombreux progrès techniques liés à la révolution industrielle entraînent un changement important dans les mentalités. Le rapport au temps change dans le monde occidental et les Européens commencent à se passionner pour tout ce qui peut se mesurer, se chronométrer. Ce bouleversement se traduit également dans le domaine du sport : avant les années 1920 et la diffusion massive des sports collectifs, les « stars » ne sont pas des footballeurs ou des rugbymen, mais plutôt des sportifs qui participent à des courses de vitesse, que ce soit à pied, à vélo ou en voiture.

Le plus populaire d’entre eux est sans aucun doute Jean Bouin. Né à Marseille en 1888, ce fils de courtier découvre la course de fond au sein de l’association sportive de son établissement scolaire, le club athlétique de l’école de l’industrie. Devenu agent de transit et de négoce, il rejoint l’Union sportive Phocéa avant de s’exiler à Naples entre janvier et mai 1908. De retour dans sa ville natale, Jean Bouin est recruté par une agence locale de la Société Générale. Il y occupe un emploi modeste au service « portefeuille ». Il intègre dans le même temps le club athlétique de la banque, plus connu sous le nom de CASG. Son ascension débute alors. Entre 1909 et 1911, il remporte plusieurs titres de cross-country en France et à l’étranger. Il est champion de Paris, de France avant de remporter le titre de champion du monde en s’imposant dans le cross des Cinq nations devant les coureurs écossais, gallois, irlandais et anglais.

Mesurant parfaitement les retombées que peuvent avoir les performances sportives de son employé sur l’image de l’entreprise, la Société Générale lui accorde des horaires aménagés afin qu’il se consacre entièrement à la préparation des compétitions. Soumis à un entraînement intensif et sophistiqué, Jean Bouin remporte de multiples victoires devant un public toujours plus nombreux à suivre ses exploits. En juillet 1912, il gagne une médaille d’argent sur 5 000 mètres aux Jeux olympiques de Stockholm avant de battre, un an plus tard, le record du monde de l’heure détenu depuis 1899 par l’Anglais Watkins.

Mais la guerre vient briser cet élan. Mobilisé en août 1914, Jean Bouin intègre le 163e régiment d’infanterie. Il rejoint le front comme messager, du côté de Raon-l’Étape dans les Vosges. Il meurt le 29 septembre 1914, tué accidentellement par des tirs… de l’armée française. C’est alors le début d’un véritable mythe. Dès 1916, le CASG rebaptise son enceinte sportive parisienne « Stade Jean Bouin » avant de faire construire un nouveau stade éponyme en 1925. Puis ce fut le tour d’autres clubs, parcs, piscines, stades ou encore tribunes, comme au Vélodrome de Marseille, d’adopter le nom du grand champion français. En 1964, un dernier hommage est rendu à Jean Bouin : une stèle est érigée en son nom à Bouconville, en Lorraine, non loin de l’endroit où il perdit la vie cinquante ans plus tôt.

 

Xavier Breuil
docteur en histoire
collaborateur scientifique au centre d’étude de la vie politique de l’université libre de Bruxelles (CEVIPOL)

 

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