Henri Langlois

Smyrne (Turquie), 13 novembre 1914 - Paris, 13 janvier 1977

Henri Langlois est né à Smyrne le 13 novembre 1914. Sa famille quitte la Turquie en septembre 1922, lors de l’incendie qui ravagea la ville de Smyrne, pour venir s’installer en France. Ce souvenir constituera un traumatisme pour le jeune Henri, convaincu dans ses rêves de « sauver les trésors de la ville ». Ce sera sa vocation : sauver les films de la destruction et de l’oubli.

À Paris, Henri Langlois est inscrit au lycée Condorcet, mais déjà sa passion du cinéma envahit tout. Il collectionne photographies et revues, s’amuse avec le projecteur 9,5 mm Pathé-Baby que son père lui a offert. « Je suis tombé amoureux fou du cinéma d’une façon majeure en 1928 », dira-t-il plus tard. Véritable coup de foudre pour les films majeurs du cinéma muet, pour le cinéma expressionniste allemand, Le Chien Andalou de Luis Buñuel et Salvador Dalí, L’Opinion publique de Chaplin et pour les films soviétiques de Dovjenko et Eisenstein.

« Le jeune cinéphile qu’est Henri Langlois a vu avec effarement l’arrivée du parlant, la mise à l’écart progressive de “l’art muet“, l’invasion sur les écrans de films parfois d’une grande médiocrité. Il a subi cette transition comme un véritable traumatisme. C’est d’abord pour sauver le cinéma muet, cet “infirme supérieur“ selon Paul Éluard, que la Cinémathèque sera fondée. » Ainsi Laurent Mannoni, historien du cinéma et auteur d’une Histoire de la Cinémathèque française , analyse-t-il l’origine de la passion naissante d’Henri Langlois pour le cinéma et la collecte de films. Sauvegarder, conserver, montrer : ce sera l’obsession de Langlois, qu’il partage avec ses amis Georges Franju, futur cinéaste (La Tête contre les murs, Les Yeux sans visage, Judex) et Jean Mitry, journaliste et historien du cinéma. Ensemble ils créent le Cercle du cinéma en 1935, embryon de ce que sera dès 1936 la Cinémathèque française, dédiée au répertoire du cinéma muet et aux chefs-d’œuvre disparus des écrans. L’institution naissante est présidée par Paul Auguste Harlé, qui dirige La Cinématographie française. À la même époque naissent les premières cinémathèques ou archives cinématographiques dans le monde, celle du MoMA de New York, le British Film Institute de Londres et la Reichsfilmarchiv de Berlin, bientôt regroupées au sein de la FIAF (Fédération internationale des archives du film).

Si Langlois s’emploie à conserver les films, il collecte également scénarios, photos, affiches, costumes, appareils, décors et maquettes, tout ce qui constitue la mémoire de l’art cinématographique, dont il fera plus tard son « Musée du cinéma ». Ses relations avec les pouvoirs publics sont chaotiques, tant il se méfie de l’ingérence de l’État. Ce dernier lui reproche sa gestion approximative, si bien que Langlois sera évincé de la direction de la Cinémathèque française en février 1968, à l’instigation d’André Malraux, ministre de la Culture. Cette éviction donnera lieu à une impressionnante mobilisation en faveur de Langlois, à laquelle participent tous les grands cinéastes du monde. Réintégré dans ses fonctions, Langlois poursuit son œuvre en ouvrant son Musée du cinéma. Mort en janvier 1977, il laisse derrière lui une collection impressionnante – films et « non-film » –, et une idée forte, essentielle : le cinéma est un art majeur qu’il faut préserver, restaurer, exposer et programmer. Telle était la vision d’Henri Langlois.

 

Serge Toubiana
directeur général de la Cinémathèque française