Début de la rédaction de l'Historia ecclesiastica d'Orderic Vital

1114

Né près de Shrewsbury en Angleterre, il fut doté du nom saxon d’Orderic auquel les moines de Saint-Évroult accolèrent celui de Vital, un des compagnons de saint Maurice dont on fêtait l’anniversaire le lendemain du jour où il fut tonsuré. Orderic Vital est issu d’une famille mixte, son père étant venu d’Orléans dans les troupes de Roger II de Montgomery dont il était le chapelain, quelque temps après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, sa mère étant anglaise. À l’issue d’une première instruction à Shrewsbury, il est envoyé comme oblat à l’abbaye Saint-Évroult, alors que l’oblature est en perte de vitesse en cette fin du XIe siècle. Il reçut le sacerdoce en 1107 et, s’il ne fut chargé d’aucun office monastique, il consacra tout son temps à répondre à la commande de son abbé Roger du Sap d’écrire une histoire du monastère. Il y perfectionna sa connaissance du latin et de la grammaire sous la maîtrise de Jean de Reims. Il y demeura jusqu’à sa mort en 1141 ou 1142.

 

L’Historia ecclesiastica à laquelle Orderic Vital s’attelle de 1114 à 1141 n’est pas seulement une histoire de Saint-Évroult, car le moine-écrivain s’emploie à faire de son œuvre une véritable histoire universelle, telle qu’il s’en rédige à cette époque. Organisé en treize livres, l’ouvrage remonte à l’an 1, mais accorde une place prépondérante à l’histoire des Normands installés non seulement en Normandie depuis 911, mais aussi en Italie du Sud et en Sicile, ainsi qu’en Angleterre. Les deux premiers livres rédigés tardivement, entre 1136 et 1140, constituent une chronique universelle de 1 à 1142. Les livres 3 à 5, composés entre 1114 et 1129, narrent les expéditions des Normands vers l’Italie et l’Angleterre, tandis que le livre 6 écrit vers 1131 se penche sur l’histoire de l’abbaye Saint-Évroult. Les livres 7 à 13 ont trait à l’histoire de la chrétienté de 1080 à 1140, l’horizon principal d’Orderic étant celui de Saint-Évroult et des mondes normands.

 

Les sources sur lesquelles se fonde Orderic Vital sont celles d’un véritable historien : sources écrites qu’il puise dans la bibliothèque de son monastère, comme des vies de saints, des recueils de miracles, des annales, des diplômes, des épitaphes et des canons de conciles ; informations orales collectées auprès des hôtes du monastère, princes, chevaliers, clercs et marchands, mais aussi en effectuant des voyages en Angleterre. Sur le plan de la méthode, l’œuvre n’est pas exempte de digressions, de répétitions et de longueurs, mais ce qui compte pour Orderic Vital c’est de démontrer l’action de Dieu dans l’histoire et s’il en vient à prendre la défense de tel ou tel prince, c’est dans une perspective providentielle. Il livre des portraits, décrit des paysages, reconstitue des dialogues et dramatise des épisodes.

 

L’Historia ecclesiastica constitue une source essentielle sur la société féodale – guerres, pratiques lignagères, généalogies, fondations d’établissements religieux, miracles – et sur la vie et la culture monastiques. Elle fournit une série de portraits vivants des puissants, rois, reines et barons, évêques et abbés. Elle attribue des dates à des événements connus par ailleurs par des actes qui n’en contiennent pas. Orderic se mue parfois en défenseur d’un monde « pré-grégorien » dans lequel la réforme de l’Église ne serait pas encore survenue.
L’Historia ecclesiastica d’Orderic Vital, auteur d’autres écrits, constitue un monument central de la littérature du Moyen Âge et une source de premier ordre pour l’histoire des mondes normands médiévaux.

 

Véronique Gazeau
professeur d’histoire médiévale
université de Caen Basse-Normandie