Nicolas Lemery

Rouen, 17 novembre 1645 - Paris, 19 juiin 1715

Nicolas Lemery, scientifique français contemporain de Louis XIV, fut successivement ou simultanément apothicaire, chimiste et médecin. Il a enrichi la chimie et la pharmacie, entre autres, d’un mode de pensée nécessaire au développement des sciences.

Né à Rouen de Julien Lemery et Suzanne Duchemin, cinquième enfant d’une vieille famille protestante, il grandit dans un milieu modeste, son père, procureur au parlement de Normandie, étant décédé alors qu’il n’a que onze ans. En 1660, son oncle, apothicaire à Rouen, le prend comme apprenti. Sa formation dure quatre ans. Devenu compagnon apothicaire, il décide, en 1666, de venir étudier la chimie à Paris. Cette science le fascine, et ce qu’il en a appris ne le satisfait guère.

Accepté comme élève par Christophe Glaser, professeur de chimie au Jardin des Plantes, il ne reste que deux mois et entreprend son Tour de France, comme c’est alors la règle pour approfondir ses connaissances auprès de maîtres renommés. Il passe par Genève, Lyon, et arrive à Montpellier en 1668 où il suit les cours de la faculté de médecine. Il donne lui-même des leçons de chimie à ses camarades et sa réussite ne tarde pas, même les professeurs viennent l’écouter.

De retour à Paris en 1672, il participe à des réunions d’érudits et continue d’emporter l’admiration, le prince de Condé le remarque et le convie à Chantilly. Mais Lemery veut son laboratoire, et devient apothicaire en 1674, en achetant une charge auprès du grand prévôt de l’hôtel du roi. Il s’installe près de la place Maubert et entreprend des cours de chimie ouverts au public où on se presse, y compris depuis l’étranger. Ses préparations lui apportent la fortune. En 1675, il publie le Cours de chymie, détaillant le contenu de ses démonstrations ; le succès est considérable, pas moins de cinquante-cinq éditions et traductions durant un siècle…

Lemery épouse en 1676 Magdelaine Bellenger, qui lui donnera six enfants. Arrivent alors les persécutions envers les protestants. En 1683, il doit se défaire de sa charge et vendre son officine. Poursuivi, il s’exile brièvement en Angleterre où le reçoit le roi Charles II. Revenu en France, il doit se décider à se convertir au catholicisme avec sa famille, après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, lorsque même l’exercice de la médecine lui est interdit.

De nouveau dans les bonnes grâces de Louis XIV, la prospérité revient alors. Il s’installe rue Saint-Jacques, puis rue Saint-André-des-Arts. En 1697 et 1698, il publie sa Pharmacopée universelle et le Traité des drogues simples. En 1699, il reçoit du roi la consécration en entrant à l’Académie des sciences, dont il deviendra directeur en 1712. Affaibli par la maladie, hémiplégique, c’est son fils Louis qui lui succédera à l’Académie. Nicolas Lemery s’éteint le 19 juin 1715.

Par la clarté de ses exposés, Nicolas Lemery a servi de guide à des générations de scientifiques. Grâce à l’expérimentation suivie d’une description détaillée, il a fait pénétrer la révolution cartésienne en chimie et en pharmacie, et dressé un état exhaustif et éclairé des remèdes de son temps.

 

Didier Giron
docteur en pharmacie