Christophe Philippe Oberkampf

Wiesenbach (Allemagne), 11 juin 1738 - Jouy-en-Josas (Yvelines), 6 octobre 1815

Le 4 octobre 1815 Christophe Philippe Oberkampf décède dans sa maison de Jouy-en-Josas. Saisi d’une crise de goutte le 25 septembre alors que l’armée prussienne occupe à nouveau le village, il ne s’en relèvera pas. Les années précédentes, Oberkampf a vu la manufacture des toiles de Jouy, l’oeuvre de sa vie, subir des coups répétés liés aux défaites napoléoniennes. Il a dû la fermer en 1814, fait unique depuis sa création en 1760. L’entreprise n’a pas résisté longtemps à sa mort. Vendue par son fils dans les années 1820, elle fera faillite en 1843 et ses bâtiments seront détruits.

Pourtant, rien ne semblait distinguer Oberkampf de ses compatriotes germaniques, appelés en France au milieu du XVIIIe siècle pour travailler à la production de toiles de coton imprimées. Après une longue prohibition de cette industrie, depuis 1686, la France manquait cruellement d’ouvriers qualifiés. Il fallut envoyer des émissaires les recruter aux frontières du royaume : en Suisse, en Alsace, dans les États germaniques. C’est ainsi que Christophe Philippe arriva à Paris en 1758 pour travailler chez Cottin à l’Arsenal.

Âgé seulement de vingt ans, le jeune ouvrier avait déjà dix ans de carrière. Issu d’une famille d’artisans teinturiers du Wurtemberg, il suivit son père en 1748 lorsque celui-ci fut engagé par Ryhiner à Bâle. L’enfant devait y apprendre le dessin et la gravure. Il maîtrisa progressivement toutes les techniques nécessaires à l’impression sur toile.

Cette connaissance globale et approfondie de son métier permit au jeune entrepreneur de fonder sa manufacture en 1760 à Jouy-en-Josas, dans un domaine qui relevait alors de l’artisanat de luxe. Son talent d’entrepreneur se révéla. Toujours à la pointe de l’innovation technique, meneur d’hommes et habile commerçant, c’est sur lui seul que reposait le succès de l’entreprise.

Exemplaire de cet esprit capitaliste défini par Max Weber, l’ouvrier protestant devint français, puis noble sous la monarchie, premier maire de Jouy pendant la Révolution. Il fut décoré par Napoléon lors d’une visite de la manufacture. Il adopta successivement toutes les évolutions techniques : impression à la plaque de cuivre, puis au rouleau de cuivre. Il créa à Jouy application que les Anglais cherchaient en vain.

Salvandy, son petit-fils par alliance, ministre de l’Instruction publique sous la monarchie de Juillet et ses autres descendants ont contribué à transformer au XIXe siècle le patriarche Oberkampf en modèle de réussite sociale. Sa vie et son oeuvre permettent de condamner l’oisiveté, de louer le travail, la piété et la persévérance.

Deux cents ans après sa mort, le legs d’Oberkampf, le monde léger et coloré des toiles de Jouy est connu dans le monde entier comme le symbole d’un art de vivre à la française. La ville de Jouy lui consacre un musée et Paris une rue et une station de métro.

 

Esclarmonde Monteil
Directrice du musée de la Toile de Jouy