Remy de Gourmont

Bazoches-au-Houlme, près d'Argentan (Orne), 4 avril 1858 - Paris, 27 septembre 1915

Remy de Gourmont aimait à dire que, « dans la grande cathédrale des Lettres, tandis que les autels des grands saints béaient au vide dans la nef centrale, dans les chapelles absidiales où étaient honorés les petits saints, un groupe toujours renouvelé de fidèles fervents en célébraient le culte en permanence ». Amateur subtil, philosophe dansant, poète sensible, linguiste raffiné, critique sagace, érudit insatiable, épicurien tranquille, Gourmont est l’un de ces « classiques singuliers et comme souterrains qui sont la véritable vie de la littérature française ».

Rémy Marie Charles de Gourmont est né au manoir de la Motte dans un village de Basse-Normandie. Aîné de cinq enfants, il appartient à une famille d’ancienne noblesse, qui compte dans ses ancêtres les premiers imprimeurs français de textes en caractères grecs et hébreux. Son enfance se déroule dans son village natal, où il est élevé dans la foi et le respect des traditions, puis dans le Cotentin, au manoir de Mesnil-Villeman, belle bâtisse nichée dans un jardin à la riche végétation. Après des études au lycée de Coutances puis à la faculté de droit de Caen, il s’installe à Paris, où il entre à la Bibliothèque nationale en 1881, comme attaché au département des imprimés.

Ses premières publications sont un roman de facture classique et des ouvrages de vulgarisation. Mais en 1886, il ressent un « petit frisson esthétique » à la lecture d’une revue symboliste. La même année, il rencontre Berthe de Courrière, de six ans son aînée, dont il tombe éperdument amoureux. Personnage excentrique, il l’idéalisera sous les traits de Sixtine, dans son oeuvre maîtresse, Sixtine, roman de la vie cérébrale (1890). Le nom de Gourmont est également indissociable du Mercure de France, revue fondée en 1890, dont il sera la véritable épine dorsale pendant vingt-cinq ans.

Alors qu’il compte parmi les écrivains les plus prometteurs de sa génération, l’année 1891 marque un véritable coup d’arrêt. Son article, « Le joujou patriotisme », paru au printemps, dans lequel il fustige les « derviches hurleurs » du patriotisme revanchard, déclenche une cabale contre lui, jusqu’à la révocation de son poste à la Bibliothèque nationale. Peu après, il est frappé par une « maladie d’un autre âge » : un lupus tuberculeux qui le défigure et lui donne un air de « lépreux ».

Dès lors les dates de sa vie sont étroitement liées à celles de son oeuvre, dans laquelle il convient de mentionner Le Latin mystique (1892), Le Livre des masques (1896), Les Chevaux de Diomède (1897), Esthétique de la langue française (1899), Une nuit au Luxembourg (1906), sans oublier les séries de ses Promenades littéraires (sept vol.) et de ses Promenades philosophiques (trois vol.).

Célèbre reclus de la rue des Saints-Pères, amateur de revues et de vieilles estampes, érotomane cérébral et escholier dans la pure tradition encyclopédique, il est l’un des intellectuels les plus respectés d’Europe et jusque sur le continent américain. À la fin de sa vie, il rencontre une jeune Américaine, séductrice et lesbienne, Natalie Clifford Barney, qui devient son « Amazone ». Il lui écrit des lettres dans lesquelles il réalise esthétiquement son équilibre sentimental et amoureux, et qui constituent l’un des points culminants de son oeuvre.

La guerre surprend en Normandie cet humaniste si attaché à la civilisation, que vont désespérer la bêtise et la cruauté du conflit. Il s’éteint à l’hôpital Boucicaut et est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

 

Thierry Gillyboeuf
biographe de Remy de Gourmont

 

Voir aussi Célébrations nationales 2008