Charles de La Fosse

Paris, 15 juin 1636 - Paris, 13 décembre 1716

Clytie changée en tournesol par Apollon,
huile sur toile de Charles de La Fosse, 1688,
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon.
© Château de Versailles, Dist. RMN – Grand Palais / Jean-Marc Manaï

Charles de La Fosse, l’infatigable peintre novateur et le décorateur le plus admiré de la fi n du XVIIe siècle, est tombé dans l’oubli comme nombre de ses contemporains. Il a pâti du qualifi catif dépréciatif d’artiste « de transition » qui établit le lien entre deux génies, Charles Le Brun et Antoine Watteau.

Exact contemporain de Louis XIV (1638-1715), il fut pourtant le seul artiste de sa génération à participer à tous les chantiers royaux. Des Tuileries à l’abside de la chapelle royale de Versailles, il décora le salon d’Apollon dans les Grands Appartements puis participa à la commande du Grand Trianon en 1688. Après le château de Marly, il fut sollicité pour le château de Meudon et pour l’église des Invalides dont il décora le dôme. Les mécènes les plus puissants comme la Grande Mademoiselle ou lord Montagu ne lui manquèrent jamais. Sa carrière fut brillante et ce jusqu’à sa mort à quatre-vingts ans. Il effectua comme il se devait son apprentissage auprès de Charles Le Brun. En 1658, il gagna l’Italie, Rome, puis Venise où il séjourna de 1660 à 1663, tournant décisif dans l’évolution de son art qui fera de lui l’un des « coloristes » les plus influents dans la querelle les opposant aux poussinistes. Dès 1681, avec Le Sacrifice d’Iphigénie dans le salon de Diane au château de Versailles, il adopta les leçons de Rubens pour ne plus les quitter. L’année 1699, qui marque l’apogée de sa carrière, voit en effet son ami Jules Hardouin-Mansart devenir surintendant des Bâtiments du roi et sa propre nomination à la tête de l’Académie royale de peinture et de sculpture, tandis que Roger de Piles, le plus tenace défenseur du parti coloriste, intègre cette institution avec le rang de conseiller. Au tournant du siècle, il adopta un ton gracieux dans ses tableaux de chevalet, comme dans le célèbre Moïse sauvé des eaux du musée du Louvre, avec des reflets scintillants sur les draperies et les arbres fl oconneux qui préfi gurent l’esthétique rococo et ouvrent la voie à la peinture du XVIIIe siècle. À la fin de sa vie, le soutien qu’il apporta à Antoine Watteau avec qui il cohabita chez Pierre Crozat explique en grande partie sa redécouverte récente par le marché international. Ce dernier s’inspira en effet de la technique graphique de La Fosse, celle des trois crayons où le relief des formes se marie avec bonheur à la délicatesse des épidermes. Alain Mérot juge que « La Fosse, ce “maître des Modernes”, a accompagné – et finalement réalisé – la recomposition du grand art français à la fi n du règne de Louis XIV ». L’hommage qui lui est rendu en 2015 au château de Versailles lui a restitué son rang, celui du peintre le plus influent de la seconde partie du règne de Louis XIV.

 

Clémentine Gustin Gomez
docteur en histoire de l’art