Jean, duc de Berry

Vincennes (Vald-de-Marne), 30 novembre 1340 - Paris, 15 juin 1416

Le nom de Jean de France, duc de Berry, est à ce point lié à l’épanouissement artistique du premier XVe siècle que le rôle politique de ce prince des fl eurs de lis est méconnu. Lieutenant général du roi en Languedoc en 1356, il est jeté à l’âge de quinze ans sur la scène politique où il resta actif jusqu’à ses derniers jours. Après la défaite de Poitiers où son père, le roi Jean le Bon, est fait prisonnier, il fait face auprès de son frère, le futur Charles V, à la révolte parisienne d’Étienne Marcel. Otage en Angleterre après le traité de Brétigny de 1360, il ne regagne la France qu’en 1366. La mort de Charles V en 1380, la minorité puis la maladie de Charles VI à partir de 1392 l’appellent au gouvernement du royaume.

Jean de Berry est un prince territorial. En 1360 son père a créé pour lui et érigé en pairie le duché de Berry et d’Auvergne : avec le Poitou ajouté en 1369, un huitième du royaume. Au roi appartiennent « le ressort et souveraineté», au prince apanagiste la charge de la justice et de l’administration. Il passe des années à éliminer les « compagnies » de gens de guerre sans aveu. Des institutions sont établies sur le modèle de l’État royal et surtout, dans chacune des capitales de l’apanage, une cour d’appel qui offre aux plaideurs la qualité de la justice royale. Bourges, Poitiers, Riom sont pourvues des bâtiments publics commandés par leur statut de capitale régionale, à la fois princière et royale : la tour de l’Horloge, la Sainte-Chapelle, qui abrite une relique de la Passion, signe sacré du pouvoir royal, le Palais surtout, siège de la cour de justice.

Au service de la Couronne, Jean de Berry devient, lorsque reprend la tension franco-anglaise, le responsable de la diplomatie royale. Sa ligne générale ? Ne rien céder sur la souveraineté, qui garantit l’unité du royaume. Cette conviction guide son attitude dans la guerre civile des « Armagnacs » et des « Bourguignons » entre des princes que tout oppose, aussi bien leur rivalité pour gouverner la France que leurs ambitions hors des frontières. Après la mort de son frère, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (1404), lorsque le nouveau duc, Jean sans Peur, prend les armes contre Louis, duc d’Orléans, puis le fait assassiner (1407), Jean de Berry échoue à réconcilier les deux partis et prend la tête des Armagnacs, champions de l’État royal. Quand Henry V débarque en Normandie, en 1415, le vieux duc se joint à l’armée royale mais conseille de ne pas rechercher la bataille ; il obtient que Charles VI n’y soit pas mené. Après le désastre d’Azincourt, il revient à Paris où il meurt le 15 juin 1416.

Comme il ne laisse pas d’héritier mâle, son apanage est attribué au dauphin Charles. Le futur Charles VII y trouve refuge en 1418, avant d’en faire la base de la reconquête de la France. Il hérite aussi du réseau des conseillers et officiers royaux fidèles au duc. Outre les oeuvres d’art, l’héritage que le duc de Berry lègue à la France, ce sont ces pays et ces hommes qui se disaient « vrais Français ».

 

Françoise Autrand
professeur émérite des universités

 

Voir Célébrations naitonales 2009