Jeanne Guyon, dite Mme Guyon

13 avril 1648 (Loiret) – 9 juin 1717 (Blois, Loir-et-Cher)

Jeanne Guyon est associée à Fénelon et Bossuet, aux démêlés du quiétisme dont elle fut la promotrice et au « crépuscule des mystiques » (Louis Cognet). Son parcours ne se résume pas à ces querelles. Née à Montargis, Jeanne Marie Bouvier de La Mothe s’y marie à seize ans avec Jacques Guyon et y reste jusqu’à son veuvage en 1676. Elle y est influencée par le franciscain Archange Enguerrand et la supérieure des bénédictines de la ville, qui l’adresse à Jacques Bertot. Après sept ans de souffrances intérieures, elle gagne la Savoie et le Piémont, où elle multiplie les expériences d’apostolat et rencontre son confesseur, le père La Combe. C’est aussi la période des premiers livres : Le Moyen court (Grenoble, 1685, mis à l’index en 1689) et Les Torrents (manuscrits jusqu’en 1704). S’affirme l’idée que seule l’expérience intérieure peut enraciner la foi. Entrée dans les bonnes grâces de Mme de Maintenon en 1686, elle intervient à Saint-Cyr jusqu’à sa disgrâce en 1694. Elle anime avec Jacques Bertot, puis à sa suite, des cercles nobiliaires, où l’on retrouve les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, la duchesse de Charost. Elle rencontre Fénelon chez cette dernière en 1688, début d’un échange profond, d’une communauté de vie intérieure, continuée jusqu’à la mort de l’archevêque. Inquiétée par l’évêque de Chartres à Saint-Cyr, elle subit les mandements de l’archevêque de Paris. Celui-ci condamne sa volonté de rendre la contemplation commune à tous et de la limiter à la reconnaissance passive des mouvements de Dieu. En 1695, Bossuet l’accuse de s’opposer à la mortification. L’examen de ses écrits et les articles d’Issy la condamnent, pour promotion d’un contact direct avec la grâce divine. Arrêtée en 1695, elle reste enfermée à Vincennes, Vaugirard, puis la Bastille. Elle rejoint Blois en 1703, lieu d’une sociabilité spirituelle importante et diverse jusqu’à sa mort en 1717. Ces cercles attestent son rôle de direction spirituelle intact qui passe par la rencontre et la correspondance, mais aussi par ses écrits, publiés chez le protestant Pierre Poiret à Amsterdam. Cette oeuvre est composée de livres spirituels, de réflexions sur l’Écriture, de méthodes pour l’oraison, comme Le Moyen court (qui met en avant la voie passive en la foi et l’anéantissement de soi), de La Vie par elle-même. Ce dernier mêle itinéraire spirituel, centré sur la vie mystique et se tenant à distance de la médiation cléricale au profit de l’expérience intérieure, et vie d’une femme au XVIIe siècle. Ces traits expliquent son influence en Allemagne et en Suisse dans des milieux protestants.

Gaël Rideau université d’Orléans