Début de la construction des Tuileries

1564

Le 14 mai 1564, la construction d’un bac pour véhiculer des matériaux sur la Seine marque, faute d’autres documents, le début du grand chantier entrepris par Catherine de Médicis : la construction du palais des Tuileries, bâti à l’emplacement d’un petit faubourg artisanal occupé par des jardins et des fabriques de tuiles.

La reine mère, qui gouvernait la France depuis 1564, fit appel à l’une de ses proches, Marie de Pierrevive, épouse d’Antonio Gondi, chargée de superviser les travaux, et à Philibert Delorme, l’architecte de son défunt mari Henri II. Cependant, ses finances ne suivirent pas, et à sa mort, en 1589, les Tuileries étaient toujours inachevées et inhabitables. Du grand projet à cours multiples connu par des dessins et des estampes de Jacques Androuet du Cerceau, seul le centre de l’aile sur jardin et un pavillon du côté sud furent édifiés. Les guerres de Religion et l’achat par la souveraine de l’hôtel de Soissons, déjà bâti et immédiatement habitable, ont sans doute pesé dans cet inachèvement plus que les prétendues prédictions astrologiques qui l’auraient amenée à abandonner son premier projet. Il faut aussi faire la part des changements d’architectes : Jean Bullant succéda à Philibert Delorme, décédé en 1570, et fut remplacé après sa mort en 1578 par Baptiste Androuet du Cerceau.

Le grand projet des Tuileries mêlait les éléments du château (le fossé, le jeu contrasté des ailes et des pavillons), du palais (l’emploi du langage de l’antiquité et la symétrie monumentale) et de la villa (un bâtiment bas, largement ouvert sur le jardin). Il s’agissait d’un véritable outil politique. Le chantier était un moyen de venir en « soulagement et aide des pauvres qui journellement et en grand nombre [y] travaillent ». L’enfilade des appartements achevés aurait offert à la reine mère un espace de réception exceptionnel, digne des fêtes qu’elle organisa dans le jardin pour restaurer une harmonie et une unité perdues dans le royaume.

En façade, le décor des colonnes était le support d’un véritable portrait politique de Catherine de Médicis : si les miroirs brisés et les plumes coupées évoquaient la douleur de la souveraine et sa fidélité à son époux défunt Henri II (dont elle tirait la légitimité de son pouvoir), des massues croisées et des fils à plomb devaient affirmer la force et l’équité de son gouvernement.

Après la mort de Catherine de Médicis, le chantier des Tuileries fut poursuivi sous Henri IV et achevé – quoique sur des plans très différents de ceux imaginés au départ – par Louis XIV. Siège du pouvoir durant la plus grande partie du XIXe siècle, ce lieu politique par excellence périt victime des incendies de la Commune le 23 mai 1871.

 

Guillaume Fonkenell
conservateur du patrimoine
responsable de la section d’histoire du musée du Louvre

 

Voir Célébrations nationales 2011