Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet

Rome, 1588 - Paris, 2 décembre 1665

Née de l’union de Jean de Vivonne, ancien conseiller d’Henri III, et de Giulia Savelli, qui comptait parmi ses ancêtres un pape et plusieurs cardinaux, Catherine assista dès l’enfance aux conversations de son père avec ses amis lettrés. En 1600, elle épousa Charles d’Angenne, bientôt marquis de Rambouillet, à qui elle donna sept enfants en sept ans. Dès lors, elle fit venir à elle le monde qu’elle ne pouvait plus visiter et auquel elle n’aurait su renoncer. Chacun lui reconnaissait de rares qualités de coeur et, bien que prématurément vieillie, elle resta belle jusqu’en un âge avancé. Elle fournit les plans du fameux hôtel de Rambouillet, où se réunit bientôt et pour plusieurs décennies, dans l’atmosphère de gaieté qu’elle savait faire régner autour d’elle, le cercle mondain le plus influent de Paris.

Elle recevait Malherbe et adopta sa doctrine, si bien que l’hôtel devint l’appui mondain grâce auquel l’Académie diffusa auprès de l’aristocratie ce qui deviendrait l’idéal classique ; Vaugelas du reste observait ici plus qu’au Louvre ce « bon usage » qu’il codifia. Après la mort du réformateur, Vincent Voiture prit sur la petite société un ascendant plus romanesque mais non moins décisif. Le « roi de la galanterie » inventa ici cet idéal tendre mais détaché, ennemi de la pédanterie autant que de la vulgarité.

La galanterie n’est pas la préciosité : dans les années 1650, l’hôtel ne rayonnait plus tant et ce sont les précieuses qui annexèrent la légende d’un salon où hommes et femmes respiraient le même air de politesse. Mais volontiers adonnée au plaisir, la société de l’hôtel de Rambouillet n’estimait pas que l’honnêteté interdît la satisfaction des instincts et se gardait de tout savoir affiché.

Car le salon de la marquise est un monde où l’on s’amuse et où la littérature ne fut qu’un jeu capable de varier les autres. Au reste, cet esprit chatoyant ne sut ni reconnaître le génie de Corneille ni presser la gloire de Bossuet. Par la grâce de l’incomparable Arthénice (l’anagramme est de Malherbe), l’hôtel de Rambouillet, dont les autres salons étaient les satellites, n’en fut pas moins un moment majeur de notre histoire culturelle. Entre la courtoisie et les salons des Lumières, son oeuvre de rénovation et d’anoblissement du langage exerça sur les moeurs une influence purificatrice. Il illustre le rôle éminent des femmes dans la sublimation des conflits par l’art de la conversation et le goût de l’analyse psychologique, autant qu’un art de vivre à la française, composé de gaieté, d’ironie et de douceur.

 

Romain Vignest
docteur de l’université Paris-Sorbonne
président de l’Association des professeurs de lettres