Contenu éditorial simple : La vigne et le vin

Le vin, attesté dans les civilisations méditerranéennes depuis huit millénaires, est signe de fête et de gaîté. Fruit de la vigne, il s'obtient par fermentation du raisin, grâce à l'opération de la vinification. Rabelais écrivait : "le vin est ce qu'il y a de plus civilisé dans le monde".

L'activité vitivinicole est ajourd'hui un des fleurons de l'agriculture française, aux produits mondialement réputés, ce qui vaut à la France d'être connue comme le "pays du vin".

Le dossier invite à une promenade autour de ce sujet familier, qui est largement présent dans les archives, parfois sous forme de fonds constitués – publics et privés –, le plus souvent de façon ponctuelle dans les fonds les plus divers (règlementation, territoire, justice, économie, iconographie…).

 

Sommaire

Panorama historique
Le travail dans la vigne
Du raisin au vin : la vinification
Le vin sous toutes ses couleurs
La commercialisation : de l'embouteillage à l'exportation
Réglementation et consommation
Développement de la recherche et de la formation
L'art du vin
Ressources publiées
Pour aller plus loin

 

Panorama historique

L’archéologie trouve les premières traces de vigne en France autour de Marseille, de Nîmes et dans la vallée de l’Hérault au IIe siècle avant notre ère. La vigne se déploie peu à peu en Gaule au cours des siècles suivants. Dans un christianisme en expansion, la vigne fait l’objet de beaucoup d’attentions en raison de l’importance du vin pour le culte (vin de messe) et l’observance de la règle monastique (vin pour les moines et les hôtes).

 

Vin « fromentel » ou blanc dû par l’abbé de Saint-Remi pour la nourriture des moines, vers 1290, Arch. dép. Marne, 56 H 89/1

 

De nombreuses donations sont faites au clergé régulier et séculier (don de Guillaume d’Aquitaine à un clerc au Xe siècle) ; on en trouve davantage de traces dans les documents à partir du XIe siècle (abbaye Saint-Serge d’Angers ; don de Louis VI à l'abbaye Saint-Nicolas d'Arrouaise dans le Pas-de-Calais).

Le vin devient signe de richesse et de prestige pour les seigneurs laïques et ecclésiastiques qui recherchent les privilèges liés à son exploitation (cens, rentes, dîme, bans de vendange, pressoir) et à sa vente (taxes). L’hôpital Sainte-Catherine de Verdun touche cens et rentes en vin à partir du XIIIe siècle (1 B 75). Une taxe est instaurée sur les vins passant par Pontoise et Mantes-la-Jolie pour payer la rançon des enfants de François Ier, retenus en otages. Les procès tournant autour de la vigne constituent une source précieuse de renseignements : procès des Grands Augustins de Lyon au XVIe siècle à propos de perception de dîme (13 H 150) ; perte de 50 tonneaux de vin transportés par eau en 1541 ; malfaçon sur un pressoir à vin en 1609 ; procès intentés par la paroisse d’Aiguebelle (Savoie) à propos de droits communaux sur le vin au XVIIIe siècle.

Le commerce du vin se réglemente, avec impositions et taxes : droit accordé en 1365 par Charles V à la ville de Montpellier de lever des taxes sur le vin ; impôt sur la vente du vin à Noirmoutiers en 1647 ; instructions sur les tarifs du vin à Mèze (Hérault) au milieu du XVIIIe siècle.

 

3-AD Gironde_H1025.jpg

Vignes de la palu de Macau, 1776, Arch. dép. Gironde, H 1025

 

Grâce aux plantations monastiques, la France se couvre de vignes jusque dans ses parties les plus septentrionales. Avant la Révolution, elles sont très présentes dans les environs de Paris, à Vincennes comme à Montmartre ou à Meudon. À partir du XVIIe siècle, on cherche à obtenir des vins de plus grande qualité : si aucun document ne permet d’affirmer que Dom Pérignon a inventé le vin mousseux, il a du moins perfectionné la fabrication des vins et donné réputation au vin de son abbaye d’Hauvillers ; la méthode du « champagne » est mise au point au XVIIIe siècle avec un procédé qui se perfectionnera au siècle suivant ; mais il compte déjà ses amateurs en Europe, comme Frédéric de Prusse ou l’impératrice Catherine II de Russie.

Au XIXe siècle, le perfectionnement de l’outillage, le recours plus systématique aux engrais et le développement de l’exportation confortent la viticulture. Dans le Bordelais se construisent partout chais, cuviers et belles demeures qui se font appeler « châteaux ». Mais les viticulteurs vont devoir affronter plusieurs crises sévères : après la maladie de l’oïdium (champignon qui pourrit les grappes) vers 1850, un insecte venu des États-Unis, le phylloxéra, apparaît en 1865 et cause des dégâts sans précédents.

 

4_AD Gironde 26J.jpg

Maladie de la vigne, phylloxera vastatrix, dans L'Insectologie agricole, Paris, 1871, Arch. dép. Gironde, 26 J 273

 

5-AD Aude_13m63_phylloxera.jpg

Mesures prises par le préfet de l'Aude pour éviter la propagation du phylloxera, 1878, Arch. dép. Aude, 13 M63

 

Deux tiers du vignoble audois sont ravagés. Les vignes septentrionales ne s’en remettront pas. Vers 1878, le mildiou, sous la forme d’une efflorescence blanche, attaque à son tour la vigne ; il est combattu grâce à la célèbre « bouillie bordelaise »  à base de sulfate de cuivre. Les efforts sont tels qu’au tournant du siècle le niveau de production redevient comparable à celui que la France connaissait avant le phylloxéra. Cependant, cette crise a des effets négatifs durables : recours à des succédanés, des vins artificiels (vin de sucre, vin de raisins secs) ; importation de vins étrangers (Espagne, Italie) ; encouragement, par le gouvernement, de la plantation de cépages en Algérie qui provoque une concurrence de ces vins dont le coût de production est faible, et dont le degré élevé (13-14°) permet la pratique du coupage avec des vins médiocres. La compagnie rochelaise Delmas-Vieljeux se saisit de l’opportunité et crée un service régulier entre La Rochelle et l’Algérie à partir de 1896 pour importer du vin.

Parallèlement à une production qui augmente, on constate une certaine diminution de la consommation, due en partie à des raisons médicales (publicité par exemple pour les eaux minérales) tandis que les exportations peinent à décoller en raison de taxes élevées. En 1907, les fortes méventes attribuées à la fraude sur les vins provoquent en Languedoc (à Montpellier, Agde...) et en Roussillon – région de monoculture viticole – de violentes manifestations autour de Marcelin Albert ; on déplore des morts à Narbonne (19-21 juin). Est réclamée notamment la taxation du sucre d’origine betteravière. La loi contre la fraude du 29 juin 1907, « tendant à prévenir le mouillage des vins et les abus du sucrage », calme le mouvement. En 1911, éclate la révolte des vignerons de la Champagne, dans la Marne puis dans l’Aube, à propos de la délimitation de l’appellation « Champagne ».

 

6_AD Marne_fraudeur zigouille.jpg

Un fraudeur zigouillé, affiche manuscrite, [1911], Arch. dép. Marne, 155 M 8

 

Le syndicalisme gagne du terrain avec les manifestations de 1907. Cette année-là est créée la Confédération générale des vignerons qui devient ensuite Confédération générale des vignerons du Midi (CGVM) car elle ne réussit pas à fédérer les autres syndicats viticoles. Chaque région viticole se dote de syndicats professionnels ou comités interprofessionnels des vins, qui existent toujours, tel celui du vin de Champagne. Le Comité d’action viticole (CAV) est un groupe occitan de producteurs de vin menant des actions terroristes depuis les années 1970.

Après la seconde guerre mondiale, la réalisation d’un cadastre viticole est programmée (1953). En 1957, le traité de Rome place le vin dans le titre II « Agriculture ». Aujourd’hui, la filière viticole française doit faire face à la mondialisation du marché et de la consommation, ainsi qu’à la concentration de la propriété viticole.

 

Le travail dans la vigne

Le travail dans la vigne relève de la viticulture, activité agricole concernant la production de raisin – raisin de table et raisin destiné à la vinification. Le vigneron en est le principal artisan.

 

- La vigne
Les opérations effectuées dans la vigne sont multiples : choisir les cépages, planter, déchausser le pied de la souche puis buter, tailler, fumer, protéger des maladies...

La crise du phylloxera développe la technique du greffage à partir des années 1870 : des écoles de greffage, relevant de l’enseignement agricole, se mettent en place (Rhône en 7 M) ainsi que des cours (Marne) pour apprendre à greffer d’anciens plants français sur des plants américains et reconstituer ainsi le vignoble dévasté.

La vigne est cultivée au sein d’un vignoble. Celui-ci représente aujourd’hui 3 % des surfaces cultivées françaises.

 

- Les vendanges
Le raisin étant arrivé au degré de maturité désiré, vient le temps des vendanges. Hottes, seaux et brouettes sont utilisés, avec le sécateur qui a avantageusement remplacé depuis le XIXe siècle la serpe multiséculaire : cette vendange manuelle, effectuée par des « cueilleurs » ou « coupeurs », est réservée pour les vins de qualité supérieure. La vendange mécanique est réalisée par des machines à vendanger. Le raisin est ensuite déversé dans des tombereaux ou bennes à vendanges, ou bien chargé sur des mulets dans les vignobles pentus.

 

Du raisin au vin : la vinification

L’opération qui consiste à faire éclater la peau des grains de raisin pour en extraire le jus (le moût) peut se faire sous deux formes, connues depuis l’Antiquité : le foulage au pied (parfois au son du violon !), ou le pressurage grâce à un pressoir.

 

7-AD Aube_pressoir.jpg

Plan aquarellé d'un pressoir de 1687, reproduit vers 1780, Arch. dép. Aube, 21 H 2

 

8-AD Marne_pressurage.jpg

Vendangeoir Bertrand Père et Fils à Rueil : le pressurage, s.d., Arch. dép. Marne, 2 Fi 457/5

 

Elle facilite la diffusion de substances comme les tannins, les colorants (pour les vins rouges), les enzymes et les minéraux, contenus dans la peau des grains, lors de la fermentation alcoolique. Par la fermentation ou la macération, le moût se transforme en vin, dans des tonneaux en bois – les « foudres », contenant de 200 à 400 hectolitres ; la futaille désigne, elle, un tonneau ou un ensemble de tonneaux – ou aujourd’hui dans des cuves en métal. C’est la cuvaison, étape de la vinification, qui s’effectue dans un chai (construction d’un chai à Eauze dans le Gers, et dans le port d’Oran en Algérie).

La chaptalisation – ajout de sucre pour augmenter le degré d’alcool du vin – est très règlementée.

L'élevage du vin dure de 1 à 2 mois pour le vin primeur et plusieurs mois ou années pour le vin de garde. Il est à distinguer du vieillissement, phase de maturation en bouteille se développant en cave à vin (cave de Saint-Péray en Ardèche ; dans un habitat troglodytique près de Grézillé en Maine-et-Loire).

 

9-AD Marne_cave Gauthier.jpg

Galerie de vins sur lattes dans les caves d'Epernay (Gauthier), 1956, Arch. dép. Marne, Ic Met7A

 

Durant la vinification, le moût de raisin se transforme en un type précis de vin, doté de caractéristiques organoleptiques spécifiques.

 

Le vin sous toutes ses couleurs

Boisson alcoolisée issue de la fermentation du raisin, le vin se distingue de la famille des spiritueux, qui sont des boissons alcoolisées obtenues par distillation (eaux-de-vie telles que le cognac ou l’armagnac ; liqueurs telles que le cointreau ou le guignolet).

 

Plusieurs éléments caractérisent le vin ; on peut citer principalement :

- Le terroir dont il est issu : les trois régions de production les plus emblématiques sont le Bordelais, la Bourgogne et la Champagne, mais la France compte nombre de vins provenant d’Alsace, du Languedoc, du Val-de-Loire (Saumurois), de Provence, de la vallée du Rhône et du Sud Ouest.

- Le cépage : il donne des raisins noirs et/ou des raisins blancs (un même cep peut porter des grappes de couleur différente comme le muscat) ; on utilise aujourd’hui essentiellement le grenache, le merlot et le cabernay sauvignon (cépages noirs), et le chardonnay (cépage blanc) ou l’assemblage de plusieurs cépages (syrah, grenache).

Muscat de Frontignan, dans Description des cépages principaux de la région méditerranéenne de la France, Paris, 1890, Arch. dép. Hérault, CRC 1055

 

- La couleur : en fonction du traitement du raisin, on obtient un vin rouge , un vin blanc ou un vin rosé ; le pinot noir  (raisin noir) est traité en vin blanc en Champagne.

 

Protection des appellations d'origine : liste des terrains susceptibles d'être admis dans l'appellation Champagne, commune de Bertignolles, 1928, Arch. dép. Aube, 7 M 182

 

- La classification : viennent d’abord les Appellations d’origine contrôlée, les AOC, (liste des parcelles ayant droit à l’appellation « Champagne »), avec la distinction entre crus : premiers crus, grands crus (tels ceux de Bourgogne) et autres désignations qui diffèrent selon les régions ; puis les les vins de pays (aujourd’hui vins sous indication géographique protégée, les IGP) et les vins de table (aujourd’hui vin sans indication géographique, les VSIG).

- Le millésime, qui date le vin de son année de récolte ; les variations du climat sont le fondement des grands ou des petits millésimes.

En fonction de l’absence ou de la présence de bulles, les vins sont dits tranquilles ou effervescents. De grands noms font la réputation des vins français dans ces deux catégories, comme le Saint-Émilion dans le Bordelais, les Hospices de Beaune en Bourgogne et la fameuse vente aux enchères qui s’y déroule chaque année, et bien sûr le Champagne avec des maisons internationalement réputées.

 

La commercialisation : de l'embouteillage à l'exportation

Le transport s’effectue par route et par eau. Des amphores antiques, on est passé au tonneau à l’époque médiévale. À partir du XVIIIe siècle la bouteille de verre se diffuse grâce à l’essor de la verrerie industrielle, et le liège – déjà connu des Grecs pour obstruer les amphores – réapparaît au service des bouteilles de champagne. Vers 1880, la mise en bouteille «au château» se répand dans le bordelais, avec usage de bouchons en liège et de capsules d’étain qui remplacent verre et mastic. Des sociétés se spécialisent dans l’embouteillage.

 

L'étiquetage, Champagne Mercier à Épernay, s.d., Arch. dép. Marne, 2 Fi 230/172

 

D’abord élément d’information, les étiquettes deviennent à partir de la fin du XIXe siècle un élément important d’esthétique, reflet du prestige de la boisson ; elles sont déposées auprès des tribunaux de commerce et consignées dans les registres de marques et modèles conservés dans les Archives départementales (série U puis W) (étiquette de la "Cuvée du centenaire du viaduc de Garabit" en 1984 ; grand vin de Bourgogne-Corton).

 

13-AD Cantal_Etiquette Garabit.jpg

Étiquette de la "Cuvée du centenaire du viaduc de Garabit", 1984, Arch. dép. Cantal, 54 Fi 43

 

La commercialisation du vin bénéficie au début du XXe siècle du mouvement de création des coopératives (coopérative de Festigny dans la Marne ; Cave coopérative de Baule dans le Loiret, 1938  ; Cave coopérative communale de Rosière en Ardèche, 1940).

 

Cave de Rosières, 1956, Arch. dép. Ardèche, 28 Fi 1111

 

Une partie de la production part à l’exportation, aujourd’hui comme hier (en Méditerranée au XVIIe siècle, vers la Russie en 1806 pour le champagne, en Angleterre contre du sucre et du café en 1812), moyennant des droits de douane ; ceux-ci peuvent entraîner de la contrebande, comme entre la France et la Savoie en 1752 et en 1784.

Créé en 1981 par la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux, le salon Vinexpo, qui s’est exporté depuis à New-York, Tokyo et Hong-Kong , s’affirme comme le grand rendez-vous des opérateurs mondiaux de la filière des vins et spiritueux.

 

Réglementation et consommation

 

15-AD Aude_ordonnance.jpg

Ordonnance de l'intendant du Languedoc demandant aux maires un état certifié des nouvelles plantations de vignes, 1732, Arch. dép. Aude, 10 C 47

 

 

Depuis l’Antiquité, la date du début des vendanges est réglementée : c’est le ban des vendanges. Fixé au Moyen Âge par les seigneurs, sous l’Ancien Régime par ordonnance de l’intendant, il l’est aujourd’hui par arrêté préfectoral. Au Moyen Âge, le droit de banvin permet au seigneur de vendre son vin le premier. Qui dit contrôle des prix dit fraude et aussi marché noir (durant la seconde guerre mondiale). À partir de 1907, les Directions départementales de la répression des fraudes, sous tutelle du ministère de l’agriculture, contrôlent et inspectent les viticulteurs. Les Appellations d’origine contrôlée (AOC) sont créées en 1935, ainsi que l’Institut national des appellations d'origine (INAO, qui a gardé son sigle bien qu’étant devenu, depuis 2006, l’Institut national de l'origine et de la qualité), d’abord pour la reconnaissance des AOC viticoles et leur réglementation ; le « code du vin » paraît l’année suivante.

L’Office national interprofessionnel des vins (Onivins), créé en 1983, intègre à cette date l’Office national interprofessionnel des vins de table (ONVIT, créé en 1976), lui-même ayant pris la suite de l’Institut des vins de consommation courante créé en 1953 : il participe à l’élaboration des réglementations et au contrôle de la qualité ; il est devenu Viniflhor en 2005. L’Institut coopératif du vin (créé en 1946 dans l’Hérault) est une union de coopératives pour le conseil et l'analyse du vin.

 

Affiche du Champagne J. L. Pfungst & Cie. Ay & Épernay, s.d., Arch. dép. Marne, 21 Fi 1732

 

La consommation de vin annuelle est de 75 litres par habitant vers 1700 ; elle passe à 170 litres vers 1939 pour retomber à 52 au début des années 2010, avec une consommation qui est devenue plus occasionnelle que régulière. On consomme chez soi mais aussi dans les tavernes, les cabarets, les guinguettes (la « Guinguette du Père Louis » à Montpellier, fin XXe siècle ), les bars. Ce peut être le lieu des rixes et des vols, comme le montrent les archives judiciaires de la Savoie au XVIIIe siècle. Les débits de boisson sont ouverts sous licence (Montpellier, XXe-XXIe siècles) avec une règlementation de la fréquentation et de la consommation (durant la Grande Guerre dans les Hautes-Alpes).

Parallèlement à la publicité incitant à la consommation de boissons alcoolisées (affiche pour le vin de Saumur), les campagnes anti-alcoolisme commencent dès la fin du XIXe siècle, avec la Société française de tempérance qui devient la Ligue nationale contre l’alcoolisme en 1905 puis le Comité national de défense contre l'alcoolisme (depuis 2002 : Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie).

 

Développement de la recherche et de la formation

 

Carte générale des vins de Bordeaux, dans Atlas de la France vinicole, par Louis Larmat, 1949, Arch. dép. Gironde, BIB Alb 19

 

À partir du XIXe siècle la recherche sur la vigne et le vin se développe dans tous les domaines : machinisme, chimie, biologie... Y participent, chacun à sa façon, les comices agricoles créés dans chaque arrondissement en 1851, les sociétés départementales d’agriculture, mais aussi les écoles d’agriculture et les stations œnologiques. Des journaux spécialisés diffusent les bonnes pratiques, tels que Le Journal d’agriculture pratique (à partir de 1837), le Progrès agricole et viticole (à partir de 1884) et la Revue de viticulture (à partir de 1893).

Depuis la seconde guerre mondiale, l’Institut de la recherche agronomique (INRA) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) effectuent des recherches fondamentales dans le domaine de la viti-viniculture : génome de la vigne, greffe, utilisation de la biologie moléculaire ...

 

Vignoble de Maguelone, s.d., Hérault tourisme, cl. Christel Gautier

 

La France exerce une forte influence dans la viticulture mondiale : invention de la notion de « terroir » ; exportation de variétés à l’étranger (rôle des pépinières) ; contribution à la recherche et au développement du machinisme agricole (enjambeurs) ; viticulture « durable ou intégrée », avec son dérivé « bio » et « biodynamique », etc. L’Organisation internationale de la vigne et du vin – d’abord Office international du vin en 1924 puis Office international de la vigne et du vin de 1958 à 2001 – est une organisation intergouvernementale à caractère scientifique et technique, à laquelle la France apporte sa contribution.

La formation s’est développée plus récemment, surtout au cours du XXe siècle, avec la création d’écoles et d’instituts spécialisés : écoles de viticulture (école de la Tour blanche à Lagon dans le Bordelais) ; Instituts universitaires de la vigne et du vin (Bordeaux, Dijon) ; Chaire UNESCO « Culture et Traditions du Vin » de l’Université de Bourgogne. Le diplôme d’œnologue est créé en 1955.

 

L'art du vin

Le vin est signe de fête : fête publique (« fêtes du vin »), fête privée (vin d’adieu des conscrits en 1927) ou fête familiale. À la table des rois et des princes, l’échanson était chargé de veiller au vin. La fête a toujours entouré les vendanges  (Festival des vendanges de Pamproux en Deux-Sèvres). Les confréries de vignerons perpétuent les traditions, comme le jumelage entre deux vignobles organisé par la confrérie de Saint-Vincent à Mâcon en 1999.

 

Dégustation de Champagne, Champagne Mercier, s.d., Arch. dép. Marne, 2 Fi 230/183

 

À l’œnologie, est associée à l’art de la dégustation. S’y rattache l’oenotourisme, qui fait l’objet de campagnes de promotion (publicité pour le vignoble de Saint-Émilion en 1951, classé depuis 1999 au patrimoine mondial de l’Unesco). La publicité touristique peut utiliser aussi le vin comme produit d’appel (publicité pour la région de Chinon). En 2010, le « repas gastronomique des Français » entre sur la liste du patrimoine immatériel de l'humanité ; le vin y figure en bonne place car en France, il ne saurait y avoir de gastronomie sans un verre de vin !

 

Dépliant touristique sur la Bourgogne, « détentrice immortelle de la Coupe du Vin », s.d., Arch. dép. Côte-d’Or, SS 3799

 

Plusieurs musées du vin existent ; citons celui de Paris, la Cité du vin à Bordeaux depuis 2016, et la Cité internationale de la gastronomie et du vin dont l’ouverture est prévue à Dijon en 2019. Compagnon des muses depuis l’Antiquité, le vin est présent dans tous les arts : mosaïque, peinture, sculpture…, et même cinéma comme dans « L’aile ou la cuisse » (1976) où Louis de Funès devine le vin qu’on lui a servi alors qu’il a perdu l’odorat.

 

Ressources publiées

Expositions

- Expositions itinérantes

« Vignes à la carte », 21 panneaux, Archives départementales de Gironde, [2014].

« Sous la treille… Passé et présent de la viticulture ardéchoise », 20 panneaux, Archives départementales de l’Ardèche, 2007.

« Vignerons en révolte en 1907 dans l’Aude », 21 panneaux, Archives départementales de l’Aude, 2007.

« De l'amphore à la bouteille. Passion des hommes du Pays Catalan », par les Archives départementales des Pyrénées-Orientales, 2007.

 

- Expositions virtuelles

« Champagne ! De la vigne en Champagne au vin de Champagne », Archives départementales de l’Aube et de la Marne, 2011

 

Publications

La route des grands crus de Bourgogne, Archives départementales de la Côte-d’Or, 2017, en ligne.

Estuaire de la Gironde. Paysages et architectures viticoles, Service de l’Inventaire et Archives départementales de la Gironde, Lyon, 2015.

Vignes à la carte. Mille ans d’évolution en Bordelais (XIe-XXe siècles), catalogue d’exposition, Archives départementales de la Gironde, Bordeaux, 2013.

 

21-AD Gironde_Vignes a la carte.jpg

Couverture du catalogue Vignes à la carte, 2013, Arch. dép. Gironde

 

Agde. 1907, histoire d’une révolte, Dossier des archives, Archives municipales d’Agde, 2013.

Éloge du thé et du vin : carnets de voyage, catalogue d’exposition, Archives départementales de l’Hérault, 2012.

Champagne ! De la vigne au vin. Trois siècles d’histoire, Interbibly, Archives départementales de l’Aube et de la Marne, 2011.

La châtaigne la vigne la soie. Une trilogie, Archives départementales de l’Ardèche, 2011.

De vignes en villes, le vin dans le pays de Landerneau, des origines à 1918, catalogue et exposition, Service du patrimoine historique de la Ville de Landerneau, 2009, en ligne.

L'Aude et la vigne. Cent ans de passion, Archives départementales de l'Aude, 2008.

Vignes du Sud. Paroles vigneronnes, Archives départementales de l’Aude, 2007.

Vignerons en révolte. 1907 dans l’Aude, Archives départementales de l’Aude, 2007.

Guides de recherche départementaux sur l’agriculture aux XIXe et XXe siècles : Vienne (2001), Deux-Sèvres (2006), Charente (2011).

 

Pour aller plus loin

Fonds d’archives : principales pistes

- Avant la Révolution : fonds des abbayes et des seigneuries aux Archives nationales et dans les Archives départementales ; fonds des paroisses (série G) et des Généralités (série C : ordonnances, impôts) dans les Archives départementales.

- Fonds judicaires aux Archives nationales et dans les Archives départementales à partir du Moyen Âge

- Fonds du ministère chargé de l’Agriculture aux Archives nationales à partir du XIXe siècle

- Fonds de la préfecture dans les Archives départementales (série M de 1800 à 1940 puis série W). Voir en particulier la sous-série 7 M : statistique sur la production agricole, maladies (crise du phylloxera, coopérative viticole, appellations d’origine, subventions) ; autres sous-séries de M : calamités agricoles (crue, grêle, sécheresse), récoltes, enquêtes, enseignement agricole, syndicat, règlementation, salaire, conflits, manifestations, mutualité agricoles et prestations familiales ; Seconde Guerre mondiale : restrictions, contrôle des prix, surveillance du marché noir

- Fonds des chambres d’agriculture (conservés sur place ou dans les Archives départementales en série ETP) à partir du XIXe siècle : élections, rapports

- Fonds iconographiques dans les Archives nationales, départementales, municipales

  • Plans cadastraux dans les Archives départementales et municipales
  • Série Fi : cartes, estampes, photographies, cartes postales - Exemple : Archives départementales de la Marne, album de 89 photos sur le travail de la vigne (1890)

 - Fonds d’archives privées

  • dans les Archives nationales, départementales, municipales : fonds de maisons de négoce, de syndicats, de familles… - Exemple : Archives départementales de la Marne, fonds de la famille Krug (XIXe-XXIe siècles)
  • les maisons de vins : se renseigner directement auprès des maisons sur les fonds éventuellement conservés - Exemple : Veuve Cliquot, archives depuis 1772 (accueil sur rendez-vous) 

- Archives orales :

 

Autres institutions

Bibliothèque nationale de France, site Gallica 

Institut national de l’audiovisuel (INA) 

Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

 

Pistes pédagogiques

Lien possible dans le cadre de projets interdisciplinaires (EPI) en collège avec un binôme Histoire/SVT

Atelier pédagogique « La vigne, le vin, l'alimentation, les commerces et l'industrie » aux Archives municipales de Dijon