Francis Ponge

Montpellier, 27 mars 1899 - Paris, 6 août 1988

Françis Ponge est né avec le siècle, ou plutôt, en 1899, avec un léger décalage qui signe peut-être ironiquement une appartenance critique : à côté du surréalisme (dont il partage les colères mais pas la poétique, puisqu'il prône une pratique objective et consciente du langage et du réel), en relation proche et ambiguë à la famille N.R.F. (en particulier à travers son amitié pour Jean Paulhan), en dialogue tendu avec les idéologies humanistes, politiques et autres (le communisme par exemple auquel il se réfère explicitement durant une décennie, de 1937 à 1947), en fréquentation sensible des ateliers contemporains après la guerre (de Braque et Picasso à Giacometti et Fautrier), en camaraderie querelleuse avec les avant-gardes ultimes, celles des années soixante (de la revue Tel Quel à la revue Digraphe). L'ouvrage qui l'aura fait connaître, Le Parti pris des choses, en 1942, ne donne que la première version de sa pratique, celle des petits poèmes en prose achevés, clos sur eux-mêmes. L'autre version est celle des brouillons acharnés, la dynamique de l'inachevable, celle de La Rage de l'expression (1952). Ponge aura sans doute été celui des "grands" poètes de sa génération (Artaud, Breton, Michaux...) à qui incombait la tâche difficile de conduire le plus radicalement la poésie dans ses derniers retranchements.

 

Jean-Marie Gleize
professeur à l'université de Provence, Aix-Marseille I