Louis Jouvet

Crozon, 24 décembre 1887 - Paris, 16 août 1951

D'ascendance corrézienne et ardennaise, Louis Jouvet, né dans le Finistère, à Crozon, au hasard des missions de son père, conducteur de travaux publics, a fait du théâtre sa terre d'élection. Il était guidé par une foi qui l'avait entraîné dans son adolescence à braver les excommunications familiales : " Le théâtre est un métier honteux. " Il a écrit : " Condamnés à expliquer le mystère de la vie, les hommes ont inventé le théâtre, chassés du Paradis terrestre, ils se sont créé cet artificiel et temporaire paradis. " Le mystère qu'il retrouvait sur la scène dans l'écriture du poète, dans le jeu du comédien, il s'est employé à en approcher au plus près. " Acteur, spectateur, machiniste, costumier, accessoiriste, peintre, souffleur et éclairagiste, j'ai assumé tous les rôles. " Il a tout lu sur son art, sa pratique et sa philosophie ; il a noté, soir après soir, ses observations, anxieux de surprendre une vérité. " Il est un homme de science du théâtre ", a déclaré Christian Bérard, qui ajoutait : " ... de science et d'amour. " Son engagement impliquait l'alliance parfaite de l'artisanat et de l'art.

Associé à la grande réforme menée par Jacques Copeau au Vieux-Colombier en 1913, en qualité de régisseur et d'acteur, directeur ensuite et metteur en scène de la Comédie des Champs-Élysées en 1923, puis de l'Athénée en 1934, il a voué ses dons, sa science, sa passion à renouveler le mystère de la création dramatique en servant les auteurs français, ses contemporains, et d'abord Jules Romains avec Knock. Surtout, il a révélé les " secrets " du théâtre au romancier Jean Giraudoux et offert, avec lui, un auteur majeur au répertoire. Dans le scepticisme général, il lançait, à la veille de la " première " de Siegfried : " Ça ne fera pas un rond, mais ce sera l'honneur de ma vie d'avoir monté c'te pièce-là ! " Douze autres pièces de Giraudoux ont suivi !

Le patron était Molière, et il lui aura fallu des années de recherches et de réflexions pour s'autoriser, en 1936, à mettre en scène L'École des femmes, avec quelle force et quel éclat !

Si le cinéma, relayé par la télévision, perpétue le personnage qu'il a créé à l'écran et fixe le charme musical pénétrant d'une diction étrangement saccadée, c'est pour le théâtre qu'il a vécu et qu'il est mort, le 16 août 1951, terrassé par une crise cardiaque au terme d'une répétition.

 

Paul-Louis Mignon
journaliste, écrivain