Camille Pissarro, peintre des villes et des champs

Saint-Thomas (Antilles, île danoise), 10 juillet 1830 - Paris, 12 novembre 1903

On pourrait dire de Pissarro, comme on l’a dit d’Hokusaï,qu’il était « fou de dessin ». Connaissant par ses lettres son tempérament sage et pondéré, « fou » n’est pas le terme approprié. Disons plutôt qu’il avait senti tout jeune que le des-sin est à la base de toute œuvre d’art. Pourquoi a-t-il accordé tant d’importance à l’estampe (gravures, lithographies...) si ce n’est parce qu’il savait qu’en les exécutant il s’imprégnait de la base du métier ? On peut dire « métier » car, pour lui, travailler quotidiennement devant son chevalet était une tâche naturelle, tel un artisan rivé àson outil de travail.

Arrivé à Paris en 1855, juste à temps pour parcourir l’exposition universelle, il retiendra principalement de cette visite l’émotion éprouvée devant les œuvres de Corot ; il se promet, connaissant la qualité de son accueil, de rencontrer le maître. Très longtemps, il subira l’influence de ce grand paysagiste jusqu’à ce qu’il fasse, en 1885, la connaissance des jeunes néo-impressionnistes-pointillistes Seurat et Signac et pratique, pendant une courte période, leur méthode.

Il s’inscrit d’abord aux cours de l’académie Suisse dirigée par le « père Suisse », ancien élève de Jacques-Louis David, qui dispensait son savoir en donnant la préférence à des académies de modèles vivants. Mais Pissarro est avant tout un paysagiste ; il le prouve lors du premier salon des artistes français où il est accepté en 1859, avec Paysage à Montmorency. Rétif à la lumière éclatante du Midi de la France, il préfère la douceur de l’Île-de-France et de la Normandie.

Après Pontoise, avec l’aide financière de Monet, il s’installe en 1884 à Éragny-sur-Epte où désormais il puisera les sources de son inspiration et de l’essentiel de son œuvre.

Mais justement, pour varier ses motifs et séduire une clientèle encore rare, il se réserve quelques escapades, toutes prétextes à de nouveaux motifs : en Mayenne auprès de son ami Piette, à Londres où il se lie avec Durand-Ruel (1870-1871) qui dorénavant l’exposera. À Paris, il a aussi recours à de petits marchands comme Tanguy, Martin, Portier... Après la Commune, il réintègre la France et habite un temps à Louveciennes.

Il fait plusieurs séjours à Rouen, à Londres (plusieurs vues des Kew Gardens), à Varengeville-sur-Mer, à Dieppe et Berneval, à Moret-sur-Loing où habite son fils Georges dit Manzana, et au Havre : autant d’œuvres prises sur le motif auxquelles viendront s’ajouter de nombreuses vues de Paris où il s’installe, en 1899, au 204 rue de Rivoli puis à partir de 1900, 28 place Dauphine.

Lorsque, de 1874 à 1886, le groupe des Impressionnistes se rassemble et organise ses expositions en marge du Salon officiel, Pissarro fait preuve là encore de son esprit d’avant-garde ; il se donne tout entier à cette « nouvelle peinture » et reste fidèle à la « petite bande » pendant ses huit manifestations.

Peintre sensible entre tous, jamais satisfait, Pissarro a toujours été à la recherche du meilleur de son art et de lui-même, et cela durant toute sa vie.


Janine Bailly-Herzberg
éditrice de la correspondance de Camille Pissarro