Base du Système métrique décimal... par MM. Méchain et Delambre (tome premier)

Paris, 1806

Jean-Baptiste Delambre (1749-1822) fait paraître en 1806 le premier tome d’un ouvrage intitulé Base du Système métrique décimal, ou Mesure de l’arc de Méridien compris entre les parallèles de Dunkerque et Barcelone, exécutée en 1792 et années suivantes, par MM. Méchain et Delambre ; il est en fait rédigé par M. Delambre, secrétaire perpétuel de l’Institut pour les sciences mathématiques, membre du bureau des longitudes, etc. Depuis, en raison du décès prématuré de Méchain (1744-1804), l’ouvrage est connu sous les noms de Delambre et Méchain, le premier en ayant été, par force, l’unique rédacteur. Mais, ainsi qu’il l’a lui-même indiqué à plusieurs reprises, une large part en est due à Pierre Méchain.

L’ouvrage est la concrétisation de décisions prises par les gouvernements issus de la Révolution française. Ses promoteurs avaient cherché à élaborer un nouveau système des poids et mesures de caractère décimal. La multiplicité des références dans ce domaine entraînait depuis longtemps des situations dont certaines devenaient inextricables, en particulier dans les relations commerciales.

Après diverses tentatives, une proposition avait été présentée, en 1790, par Talleyrand à la Constituante. En 1791, le rapport d’une commission de l’Académie des sciences fixe scientifiquement les fondements du nouveau système, détermine méthodes et instruments à employer. La nouvelle unité de base sera le mètre, dix-millionième partie du quart du méridien terrestre. L’instrumentation, récemment expérimentée avec succès, sera le cercle répétiteur que Lenoir (1744-1832) a mis au point sur les indications de Borda (1733-1799). La campagne de mesure d’un arc de méridien, afin d’en déduire une longueur pour le mètre, est menée de Dunkerque à Barcelone, d’un niveau de la mer à un autre. Trois tomes seront nécessaires pour en rendre compte, au total près de 2 500 pages.

Le premier volume de Base du Système métrique décimal..., paru en janvier 1806, débute par un Discours préliminaire de 180 pages. Il fait une large place à l’ensemble des idées et des événements qui ont conduit Delambre et Méchain sur les routes de France, dans cette période troublée. L’ouvrage comprend ensuite la partie intitulée Mesures de la Méridienne-Observations géodésiques, rendant compte, station par station, des tâches menées sur le terrain. Cette synthèse est issue des manuscrits de Méchain et de Delambre que ce dernier déposera en deux fois (1807 et 1810) à l’Observatoire de Paris.

La lecture de la publication rédigée par Delambre permet d’apprécier le soin et la minutie avec lesquels l’opération d’astronomie géodésique a été menée. Dans la Notice historique sur M. Méchain, qu’il lira à la séance publique du 5 messidor an XIII de l’Académie des sciences, dont il est depuis 1803 le secrétaire perpétuel, Delambre exprime, son sentiment à ce sujet : Ces observations, les plus exactes qu’on puisse faire en ce genre, ces calculs, où il mettoit une sûreté et une précision que rien n’a surpassé, jamais il ne vouloit les croire assez parfaites, et sans cesse il vouloit y retoucher. Ce scrupule a long-temps interrompu l’impression de notre Méridienne ; d’autres circonstances qui lui sont étrangères, et qui viennent de cesser, ont empêché de la reprendre jusqu’à ce jour. En partant pour sa dernière expédition, il m’avoit remis tous ses registres dans le plus bel ordre possible. Et Delambre ajoute : Tous les manuscrits relatifs à ses derniers travaux m’ont été également livrés, et ce qu’ils contiennent, quoique non terminé, est du moins dans l’état le plus clair et le plus satisfaisant.

Ainsi fait-il connaître, à la fois, la qualité du travail effectué et l’état des documents qu’il a en main et dont il assure la publication. Les volumes suivants seront publiés, sous le même intitulé, en juillet 1807 et en novembre 1810, toujours chez Baudoin, l’imprimeur de l’Institut national.

Le nouveau système, fondé sur une mesure, « le Mètre », qu’on pourrait qualifier de révolutionnaire à deux titres, fera l’objet d’une nomenclature aboutissant, finalement, à des multiples et des sous-multiples obtenus par ajout d’un préfixe ; il en sera de même pour l’unité retenue pour le poids, associée à la masse d’un cube d’eau dont les côtés sont d’un dixième de mètre. Mais une exception interviendra dans ce cas ; l’unité de base ne sera pas le gramme, mais un de ses multiples, le kilogramme.

Après le retour définitif à Paris des deux astronomes, en 1798, une commission internationale, européenne en fait à l’époque, examine les -documents, les étudie, entreprend des vérifications et fixe en 1799, parmi d’autres valeurs possibles, la longueur du mètre à 3 pieds 11 296 lignes de la « toise de l’Académie ». Les étalons du mètre et du kilogramme sont réalisés tandis que sont mis en place les éléments du nouveau système des poids et mesures dont le caractère décimal constitue la qualité principale. Longueur et masse, par leurs étalons mètre et kilogramme, sont bien adaptées à la vie de tous les jours. Multiples et sous-multiples, par puissances de dix croissantes ou décroissantes, s’appliquent à tous les domaines de l’activité humaine.

Quand Delambre a entrepris de rédiger le premier volume de ce qu’il est convenu de mentionner sous un titre raccourci de Base du Système métrique, plus correctement Base du système métrique décimal, il s’inscrivait dans l’idée d’œuvrer pour tous les temps, pour tous les peuples, phrase prémonitoire, attribuée à Condorcet (1743-1794) figurant sur l’avers de la médaille commémorative de la fondation du système métrique, frappée en 1840, lorsque son utilisation a été rendue obligatoire en France

 

Suzanne Débarbat
astronome titulaire honoraire de l’Observatoire de Paris