René Char

L'Isle-sur-la-Sorgue, 14 juin 1907 - Paris, 19 février 1988

Tout au long de sa vie, René Char a résisté. Enfant, il est déjà rebelle. Adolescent, il devient révolté. Jeune, il choisit le camp des révolutionnaires. Parvenu à la maturité, il passe dans la clandestinité et la Résistance. Alors René Char s’efface devant le capitaine Alexandre, chef de réseau en Provence, co-responsable au sein de l’Armée secrète des parachutages dans les sept départements du Sud-Est (Drôme, Vaucluse, Basses-Alpes, Hautes-Alpes, Bouches-du-Rhône campagne, Var et Alpes-Maritimes).

Tout semble dit dans ce parcours marqué par une indépendance têtue et singulière. Mais ce serait oublier que René Char est avant tout un poète qui dégage dès son plus jeune âge la poésie de toute entrave, politique ou sociale. Il lui voue un culte exclusif, au point de prétendre qu’un poète ne peut avoir ni épouse, ni enfants, afin de réserver à sa déesse tout son amour. Cette philosophie, qui ne l’empêchera pas de se marier deux fois et de consacrer une part non négligeable de son temps aux femmes, situe bien le foyer essentiel de ses préoccupations. À l’égal de Victor Hugo, qu’il défie et pourfend, il se présente en poète solitaire et visionnaire.

Deux prix Nobel de littérature l’avaient « élu ». Saint-John Perse (1887-1975) le désigna entre tous : « Char, vous avez forcé l’éclair au nid, et sur l’éclair vous bâtissez. Les dieux coiffent le masque à l’approche du poète, et leurs voies sont obscures. Mais vous, d’avoir un jour, sur votre face, senti passer le souffle de l’Insaisissable, vous n’avez jamais guéri ». Albert Camus (1913-1960) le plaçait dans la lignée de Rimbaud et d’Apollinaire.

Doté d’une énergie hors norme, d’une taille de géant et d’une gueule de gladiateur, il traverse son siècle en passant en permanence d’un dialogue avec la nature, le cosmos et les dieux de la Grèce antique à un engagement déterminé auprès de ses frères d’armes (tantôt les surréalistes dans les années 1930, tantôt les communistes et les gaullistes sous l’Occupation, ou encore les défenseurs de l’environnement dans les années 1960-1970). La chaleur de l’éclair l’inspire et le guide.

Sa langue est unique. Il faut parfois s’en pénétrer longuement pour la saisir, lourde de mystères et de secrets. Laissons-lui le dernier mot : « Des yeux purs dans les bois Cherchent en pleurant la tête habitable. »

 

Laurent Greilsamer
journaliste et écrivain