Jules Hardouin-Mansart

Paris, 16 avril 1646 - Marly-le-Roi, 11 mai 1708

« C’est à cet habile homme que nous sommes redevables de presque tous les plus beaux édifices élevés sous le règne de Louis XIV ». Jacques François Blondel illustre ainsi le génie de l’oeuvre de Jules Hardouin-Mansart.

Après avoir été formé sur le tas, de 1661 à 1666, par son grand-oncle, François Mansart, puis par Libéral Bruand, sa carrière connaît une très rapide ascension.

Reçu à l’Académie et nommé architecte du Roi en 1675, il prend la conduite des travaux de Versailles en 1678. Premier architecte du Roi en 1681, anobli en 1683, il remplit, au service des Bâtiments du Roi, les fonctions d’intendant général en 1685, d’inspecteur général en 1691. Promu surintendant en 1699, successeur de Colbert et Louvois, il conserve sa charge de Premier architecte du Roi.

Ses premières interventions remontent à 1674 : reconstruction du château du Val, ancien rendez-vous de chasse de Henri IV à l’extrémité de la terrasse de Saint-Germain-en-Laye ; construction du second château de Clagny, résidence élevée non loin du château de Versailles pour Madame de Montespan (1676-1680), dont l’architecture est encore imprégnée de l’art de son grand oncle et de Le Vau.

Le renom de Clagny, considéré comme une réussite parfaite, détermine le Roi, dont la puissance vient d’être consacrée par la paix de Nimègue (1678), à confier à Jules Hardouin-Mansart la mutation du château de Versailles qui devient siège de son gouvernement et capitale de son royaume.

Il s’active donc à donner à Versailles l’aspect que nous connaissons encore aujourd’hui en modifiant la façade de Le Vau par la création de la Galerie des Glaces, calée en ses extrémités par les Salons de la Guerre et de la Paix, hauts lieux les plus célèbres du décor versaillais.

Pour loger la Cour et ses services, il engage la construction du Grand Commun et, côté parc, celle des deux grandes ailes du Nord et du Midi qui prolongent l’ordonnance de la façade du corps central. Pour contenir les terres rapportées de la terrasse sur laquelle se développe l’aile du Midi, il réalise en soutènement la remarquable orangerie cantonnée de part et d’autre des majestueux emmarchements permettant de rattraper la déclivité du terrain.

Face à la ville, Jules Hardouin-Mansart modifie les dispositions de l’avant-cour en joignant entre eux les pavillons isolés de Le Vau pour créer les ailes des Ministres. Il remanie l’ordonnance de la Cour de Marbre et la distribution des appartements royaux en prenant soin de placer, dans l’axe de la composition, le Salon du Roi devenu par la suite Chambre du Roi, focalisant ainsi, pour ceux qui accèdent au château, le lieu où réside la puissance qui ordonne et contraint.

Cette mise en scène est renforcée par la très savante insertion des Écuries dans les deux espaces résiduels formés, à hauteur de la Place d’Armes, par la convergence des trois grandes avenues qui incite à une respectueuse montée vers la Cour de Marbre.

La paternité de l’un des éléments majeurs d’architecture du château, la chapelle, lui revient. En charge de la surintendance, il délègue à son collaborateur, Robert de Cotte, la poursuite du chantier ouvert un an auparavant.

Dans le parc, Jules Hardouin-Mansart intervient dès 1677 en ajoutant au Bosquet de la Renommée, deux pavillons à dôme. Au déclin de Le Brun et de Le Nôtre, il modifie de nombreux aménagements tels les Bosquets de l’Encelade et de l’Étoile et substitue même, à certaines de leurs oeuvres, de nouvelles créations, en particulier les Bosquets de la Colonnade et des Bains d’Apollon, la Salle des Marronniers, l’Obélisque.

À l’extrémité du bras oriental du grand canal, le Grand Trianon est construit en moins d’une année. Cette demeure de plaisance aux lignes horizontales très affirmées comprenant en son centre un péristyle dont la mise au point est attribuée à Robert de Cotte, est de peu postérieure à l’achèvement, en 1686, du très exceptionnel château de Marly, éblouissante fantaisie architecturale, faisant contrepoids à la solennité du Versailles officiel.

Dans la ville, Jules Hardouin-Mansart préside à l’ordonnancement des quartiers Notre-Dame et Saint-Louis, situés de part et d’autre des trois grandes avenues. Dans l’un, il exécute l’église Notre-Dame à la volumétrie mesurée pour ne pas porter atteinte à la position dominante du château, dans l’autre, la chapelle des Récollets, l’hôtel de la surintendance, l’hôtel de Beauvillier.

Malgré la multiplicité des interventions à Versailles, Jules Hardouin- Mansart est appelé par le Roi pour de nouveaux chantiers : la Maison de Saint- Cyr, le remaniement du château de Maintenon, l’exécution, à l’hôpital des Invalides, de l’église Saint-Louis et du dôme, seul morceau d’architecture religieuse d’envergure bâti en ce siècle à Paris. Il est appelé également à Notre- Dame de Paris pour le nouvel aménagement du choeur, conformément au voeu de Louis XIII.

La confiance du Roi, le renom de Clagny, Marly et Versailles incitent les princes, ministres et grands seigneurs à s’adjoindre les services du Premier architecte du Roi. Il intervient à Chantilly, à Saint-Cloud et au Palais Royal, à Meudon, Fontainebleau, Chambord, Dijon, Nancy.

La commande privée concerne les châteaux de Vanves et Dampierre en région parisienne, Boufflers en Picardie, Gaillon, Navarre, Laigle, Le Pin en Normandie, Grignan en Provence ainsi que les hôtels de Noailles à Saint-Germain-en-Laye, de Lorge, de Fieubet, du Petit Guénégaud à Paris. Il aménage sa propre demeure, rue des Tournelles.

Dans le domaine de l’architecture religieuse, il procède, à Paris, à l’adjonction de la chapelle de la Vierge à Saint-Roch et celle de la Communion à Saint-Séverin.

L’architecture concernant le domaine public n’est pas non plus étrangère au talent de Jules Hardouin-Mansart. La place des Victoires et la place Vendôme à Paris illustrent son habileté à concevoir une ordonnance de façades adroitement proportionnées derrière lesquelles les acquéreurs doivent édifier leurs demeures.

En province, son art se retrouve dans les hôtels de ville d’Arles, Beaucaire, Lyon, ainsi qu’au pont de Moulins sur la Loire. Il avait auparavant fourni, en 1685, les plans du Pont Royal, à hauteur des Tuileries.

Jules Hardouin-Mansart a signé quelques-uns des plus réussis et importants monuments de France : Versailles, Marly, le Trianon, le dôme des Invalides. L’ordonnance de ses deux places parisiennes sert au XVIIIe siècle de modèle à toutes les places royales des cités du royaume. Versailles influence les résidences allemandes, italiennes, espagnoles.

S’il doit beaucoup à François Mansart et à Le Vau, il s’attache à simplifier et épurer leur écriture. Il a le sens de la grandeur et de la proportion. Son habileté à traiter et exceller dans de multiples domaines est flagrante. Il  innove tant dans la distribution intérieure des appartements, que dans leur décor de lambris, de cheminées, de plafonds peints. Il s’attache à veiller à la bonne cohérence entre les dedans et les dehors, entre la fonctionnalité, l’architecture, le décor.

Ce Premier architecte du Roi a engagé le style Louis quatorzien dans la voie de la monumentalité tout en n’empêchant pas de trouver le goût d’une jeunesse et d’une grâce annonciatrices du XVIIIe siècle.

 

Bernard Fonquernie
inspecteur général honoraire des Monuments historiques